Signes, Discours et Société

Revue semestrielle en sciences humaines et sociales dédiée à l'analyse des Discours

La résolution de problèmes inférentiels dans un corpus de repas entre amis : une approche conversationnaliste de phénomènes relevant de l’implicite

Elizaveta Chernyshova

Doctorante en Sciences du Langage, Laboratoire ICAR (UMR5191), Labex ASLAN
Université Lumière Lyon II
elizaveta.chernyshova@gmail.com

Résumé

Dans cet article, nous proposons une réflexion autour d’un changement de perspective théorique et analytique face à la notion d’implicite en pragmatique. Nous nous orientons notamment vers une approche conversationnaliste de phénomènes liés à l’implicite. Cet article propose ainsi une étude de corpus de langue parlée en interaction, avec pour intérêt particulier l’analyse de séquences de résolution de problèmes inférentiels, en proposant des arguments en faveur d’une vision de l’implicite comme phénomène émergent et co-construit par les participants. L’étude se focalise sur la manière dont il est possible de retracer le calcul inférentiel effectué par les participants, et propose une typologie de processus qui peuvent conduire à des malentendus.

This paper proposes an investigation of a change in theoretical and analytical perspectives on the concept of the implicit in pragmatics. A conversation-analytical orientation is suggested to approach implicit-related phenomena. This paper focuses on a study of sequences of resolutions of inferential problems in a corpus of talk-in-interaction, and shows evidence for considering the implicit as an emergent phenomenon, co-constructed by the participants. A typology of processes triggering potential or effective misunderstandings has been established by observing ways in which the analyst can map out the inferential calculus performed by the speakers.

Mots-clés

inférence, implicite, analyse conversationnelle, langue parlée en interaction inference, implicit, conversation analysis, talk-in-interaction

1.  Introduction

En observant de près la langue parlée et la manière dont un échange verbal s’organise, on constate aisément l’omniprésence des usages indirects du langage : nous présupposons, sous-entendons, insinuons, faisons allusion, ironisons, et avons sans cesse recours à des calculs inférentiels afin d’accéder à la signification d’un énoncé (Kerbrat-Orecchioni 1986, 2009). Ainsi, dans les approches relevant de la pragmatique, la notion d’implicite occupe une place importante, renvoyant à ces usages indirects du langage et permettant de rendre compte de la présence de plusieurs niveaux de signification, le « dire » et le « dit » (Ducrot 1984). Toutefois, les modèles proposés dans le cadre de la pragmatique sont souvent très abstraits et fondés sur une vision quelque peu idéalisée de l’échange verbal, sans toujours prendre en considération la réalité des pratiques langagières.

Dans cet article nous proposons de changer de perspective face à la notion d’implicite, cruciale dans la compréhension des mécanismes qui régissent l’intercompréhension des locuteurs et, plus largement, le déploiement de l’interaction verbale. La posture que nous adoptons ici consiste notamment à considérer l’implicite non pas dans une perspective formalisante, mais de se positionner du point de vue des locuteurs, dans une perspective plus empirique : quels sont les indices qui les amènent à conduire un certain calcul inférentiel dans le contexte de leur échange ? Que font-ils des indices présents dans l’interaction afin de co-construire une signification commune ? L’implicite apparaîtrait alors non pas comme un concept abstrait, nécessaire à la modélisation de la signification, mais bien comme un phénomène conversationnel à part entière, reconnaissable et reconnu par les locuteurs.

Nous proposons ici une étude visant à rendre compte de la possibilité et de la pertinence de ce changement de perspective théorique et analytique, en nous intéressant plus précisément aux séquences interactionnelles où les locuteurs négocient un contenu qui leur pose problème, et où une signification émerge suite à la résolution d’un problème lié au calcul inférentiel mené par les interactants. Dans ce type de configuration, ce sont les participants eux-mêmes qui indiquent, dans leur échange, la présence d’un contenu qu’ils relèvent comme étant implicite, ou, du moins, non explicite. L’analyse de ces moments interactionnels, que nous présentons ici, nous semble apporter des arguments en faveur de cette posture théorique et analytique, considérant l’implicite non pas comme un phénomène « préconstruit », inhérent à la sémantique d’un énoncé, mais plutôt comme un phénomène « co-construit », émergeant au cours de l’échange verbal.

Mené sur un corpus audiovisuel de français parlé en interaction dans un contexte informel de repas entre amis, le présent travail s’est focalisé, en mobilisant les outils analytiques développés dans le cadre de l’analyse conversationnelle, sur une collection d’extraits où les locuteurs négocient la résolution d’un « problème inférentiel ». Le corpus en question, de durée totale de deux heures environ, est constitué de cinq sous-corpus (« Chat », « Pois », « Glasgow », « Kiwi » et « Olives », tirés de la banque de données CLAPI[1], mise en place au laboratoire ICAR[2]) : les interactions analysées se déroulent toutes à domicile, entre amis de même âge environ (entre vingt et trente ans), partageant une certaine histoire interactionnelle. Le nombre de participants change d’un sous-corpus à l’autre : dans la collection retenue pour l’analyse, il y a des échanges à deux, trois et quatre participants.

Tout d’abord, voici un exemple de séquences du type de celles qui nous intéresseront ici. Dans l’extrait qui suit, issu d’un apéritif entre deux amies, PAT, l’invitée, raconte son week-end à JUD, l’hôtesse.  (1) Extrait 3.2, corpus « Glasgow »[3]

 

PAT évoque ici une fête de Halloween qu’elle a passée avec des amis et mentionne que le lendemain était plutôt difficile, puisqu’il a fallu ranger (lignes 1-13). JUD demande alors si la soirée se déroulait chez PAT (ligne 14), ce à quoi cette dernière répond qu’il s’agissait d’une soirée organisée par une amie (ligne 16). Elle enchaîne ensuite en rappelant à JUD de qui il s’agit précisément (lignes 17-20). Nous pouvons observer ici que JUD infère des informations données par PAT que la fête avait lieu chez cette dernière : elle soumet alors à son amie un « candidat inférentiel », autrement dit, une articulation possible de ce qu’elle a pu inférer du discours précédent, qu’elle cherche à faire valider (ligne 14). L’enchaînement de PAT montre cependant que l’inférence n’était pas la bonne et résout le malentendu « potentiel » (ligne 16). La question de JUD est ici déclenchée par le tour de parole de PAT (lignes 12-13) : elle infère notamment que si cette dernière avait fait le ménage le lendemain de la fête, alors la soirée devait se dérouler chez elle. Bien que l’information concernant le lieu, non articulée jusqu’ici, ne soit pas cruciale pour la compréhension du récit de PAT, en initiant sa demande d’explicitation JUD indique la présence d’un contenu inaccessible directement pour elle dans le contexte conversationnel immédiat et nécessitant la mise en place d’un calcul inférentiel qu’elle cherche à faire valider par son interlocutrice.

Ce qui apparaît comme « allant de soi » pour le locuteur peut donc ne pas l’être pour le destinataire. C’est dans ces moments-là de l’échange, lorsque cette asymétrie a lieu, que nous pouvons observer en détail la manière dont les participants co-construisent leur savoir partagé, leur intercompréhension. Ce sont là également des moments où l’analyste peut avoir un indice fort de la présence d’un implicite, phénomène jusqu’ici peu abordé du point de vue de la langue parlée en interaction. De manière plus large, l’analyse de ces séquences de négociation permet de rendre compte des mécanismes qui régissent l’inférence lorsqu’elle pose problème, et donc d’émettre des hypothèses sur la démarche que les locuteurs adoptent pour inférer dans les situations où le malentendu n’a pas lieu ou n’est pas « anticipé ».

2.  Décrire les implicites dans les interactions verbales

Les modèles théoriques proposés par Grice (1975), Ducrot (1979, 1984) ou encore dans le cadre de la Théorie de la Pertinence (Sperber et Wilson 1986 ; Carston 2002) et leurs critiques (Bach 1994 ; Horn 2006a, 2006b) conçoivent l’implicite dans un cadre formel, et véhiculent une image idéalisée des locuteurs et des échanges verbaux, détachée de la réalité des pratiques langagières. Dans notre approche, nous voulons situer l’implicite dans une démarche plus empirique et montrer qu’il s’agit là d’un phénomène observable et descriptible du point de vue de l’analyste. Ainsi, après un bref parcours théorique, nous proposons ici quelques éléments montrant la pertinence d’un tel changement de perspective.

2.1. L’implicite en pragmatique : un parcours théorique 

Plusieurs traits définitoires communs traversent les différents modèles et cadres théoriques prenant en charge la notion d’implicite, dont le premier est son opposition à l’explicite. Ainsi, le couple explicite-implicite permet de rendre compte des usages directs et indirects du langage, de la coprésence de plusieurs niveaux de signification possibles d’un énoncé, du « dire » et du « dit » (Ducrot 1984). La conception de cette opposition est centrale pour les théories pragmatiques et reflète bien souvent leur manière de concevoir l’interface sémantiquepragmatique du langage (pour un passage en revue des enjeux de la distinction explicite-implicite dans les théories pragmatiques contemporaines, voir Jarrah 2016). Ce qui oppose l’implicite à l’explicite, c’est la manière dont s’effectue l’accès à la signification d’un énoncé : en effet, alors que le contenu explicite est a priori directement accessible parce que directement « lisible » dans la forme linguistique de l’énoncé, le contenu implicite nécessite la mise en place d’une démarche inférentielle plus ou moins complexe de la part du récepteur.

Les compétences que les locuteurs mobilisent dans l’interprétation de ces niveaux de signification sont diverses. Dans la théorie gricéenne, la démarche inférentielle est surtout reliée au principe de coopération et aux maximes conversationnelles (Grice 1975), modélisation reprise par ses critiques dans le cadre de la Théorie de la Pertinence (« principe de pertinence », Sperber et Wilson 1986), ainsi que dans le cadre de la théorie néo-gricéenne (notamment les « R-principle » et « Q-principle » de Horn 2006b). Dans cette même optique, Kerbrat-Orecchioni (1986) distingue quatre compétences principales : la compétence linguistique (permettant

« d’extraire les informations intra-énoncives (contenues dans le texte et le cotexte) », p. 162), la compétence encyclopédique (« un vaste réservoir d’informations extra-énoncives », p. 162), la compétence logique (relevant à la fois de la logique formelle, de la logique naturelle et des inférences dites praxéologiques), ainsi que la compétence rhétorico-pragmatique (« ensemble des savoirs qu’un sujet parlant possède sur le fonctionnement [des] “principes” discursifs », p. 194). La diversité de ces compétences reflète la complexité des processus interprétatifs sous-jacents à l’accès aux niveaux de signification présents dans un énoncé.

L’image proposée par Kerbrat-Orecchioni nous semble particulièrement parlante ici : « les énoncés apparaissent ainsi comme des sortes de feuilletés, dont la structure sémantique se constitue d’un ensemble de contenus propositionnels dérivant en cascade, transitivement, les uns des autres » (1986 : 14). Toutefois, lorsque l’on s’intéresse à la manière dont l’interprétation des énoncés s’effectue dans la langue parlée en interaction, il est possible de remarquer que la notion de contenu propositionnel n’est pas toujours pertinente. En effet, la perspective conversationnaliste permet d’avoir un aperçu différent, en s’intéressant à la séquentialité de l’interaction, autrement dit, à l’enchaînement des tours de parole et à la temporalité de l’échange verbal. La structure sémantique d’un énoncé peut alors être considérée comme étant plus « complexe » que telle qu’elle est conçue dans les cadres théoriques évoqués ici : mêlant des aspects relevant du calcul propositionnel aux aspects propres à l’interaction verbale, elle est tributaire de ce que les locuteurs « font » à un moment donné de leur échange.

2.2. L’implicite d’un point de vue conversationnaliste

L’approche du langage développée dans le cadre de l’analyse conversationnelle vise à considérer les faits de langue du point de vue de l’interaction sociale, en tant que phénomènes intimement liés à l’action et à l’activité que les participants accomplissent dans leur échange. Partant de l’étude de données dites « naturelles » (naturally occuring data), l’analyse conversationnelle est héritière de l’approche ethnométhodologique (Garfinkel 1967) et développe un outillage conceptuel rendant compte de la grammaire régissant l’échange verbal, autrement dit, l’organisation des tours de parole en séquences et en activités langagières particulières.

L’enjeu principal du changement de perspective que nous proposons ici est de démontrer la descriptibilité (accountability, Garfinkel 1967) des phénomènes relevant de l’implicite dans les interactions verbales, le caractère « observable » et « rapportable » de ces phénomènes. Cette problématique s’inscrit dans une interrogation plus générale : comment peut-on confronter les phénomènes liés à l’inférence dans les interactions avec le concept d’implicite tel qu’il est construit par les cadres théoriques évoqués ci-dessus ? Dans cette perspective, nous accordons une importance particulière à la manière dont les participants reconnaissent les usages indirects du langage et les rendent pertinents dans leur interaction. Cette reconnaissance, nous l’abordons du point de vue de la séquentialité[4] et de la grammaire interactionnelle[5] en partant de l’hypothèse que l’occurrence d’un implicite est marquée dans l’échange verbal. Ainsi, deux cas de figure majeurs se présentent : les interactants peuvent désigner un contenu comme étant non explicite, notamment en verbalisant leurs inférences, ou alors procéder à des enchaînements de tours de parole attestant que le contenu non explicité a bien été compris et intégré tacitement dans l’échange, auquel cas l’analyste ne peut avoir accès à la manière dont l’inférence a été menée par les locuteurs.

Les séquences qui nous intéressent ici relèvent du premier type, celui des configurations où les participants « pointent » vers la présence d’un contenu non explicité et proposent ce que l’on a appelé ci-dessus un « candidat inférentiel ». Ainsi, les locuteurs procèdent à une explicitation, une clarification, ou encore une formulation[6] (Garfinkel et Sacks 1970 ; Heritage et Watson 1979) : ils produisent un tour de parole appelant une confirmation de la part de l’interlocuteur et visant à rendre intelligible une inférence faite à partir du discours précédent. Le schéma conversationnel en question est celui de la réparation (repair, Sacks et al. 1977) se déroulant en trois temps : tout d’abord, les participants relèvent un élément problématique (le repairable ou encore trouble), puis initient la séquence de réparation (l’initiation) et enfin résolvent le malentendu éventuel (la réparation à proprement parler) (Sacks et al. 1977).

Dans cette perspective, nous nous positionnons donc du point de vue des participants et de ce qu’eux-mêmes relèvent et désignent comme pertinent dans leur interaction. Ainsi, il devient plus délicat d’employer les termes d’implicite et d’explicite en référant aux contenus mis en jeu, puisqu’il s’agit de considérer ce qui est relevé comme étant explicite par les locuteurs à un moment donné de l’interaction (« members’ then-relevant sense and practice of explicitness » (Schegloff 1996 : 191)). Toutefois, il nous semble que la compréhension des mécanismes qui régissent l’inférence « problématique », comme celle qui nous intéresse ici, permet d’orienter l’analyse des interactions vers la description des phénomènes relevant de ce que la pragmatique appelle l’implicite, et de contribuer ainsi aux investigations sur la « sémantique interactionnelle » (interactional semantics, Deppermann 2011). D’autres études menées dans le champ de l’analyse conversationnelle vont également dans ce sens, et plus particulièrement le travail de Bolden (2010) démontrant que « l’articulation du non-dit » (articulating the unsaid) permet aux participants d’accomplir une véritable action conversationnelle, par le biais d’une structure reconnaissable et pertinente pour les locuteurs. Dans cet article, nous nous contenterons toutefois d’illustrer simplement ce changement de perspective analytique en décrivant les configurations de résolution d’inférences problématiques, relevées dans un corpus de langue parlée en interaction.

3. Les mécanismes inférentiels mis en jeu dans l’anticipation ou la résolution de malentendus

Au cours de l’échange, les participants peuvent se heurter à un problème interactionnel : celui d’un déséquilibre déclenché par un élément donné comme « allant de soi » par un participant, alors qu’il ne « va pas de soi » pour les autres. Les locuteurs procèdent ainsi à une réparation dont la source relève d’une inférence problématique : la phase d’initiation leur permet de thématiser une difficulté d’accès au sens à attribuer à un tour de parole précédent. Pour ce faire, ils formulent, sauf dans un cas particulier (présenté dans la section 3.3), un « candidat inférentiel » : une proposition d’inférence possible qui appelle une validation de la part des autres participants. Nous nous intéressons plus particulièrement aux rapports entre le calcul inférentiel mobilisé et la dynamique de la négociation du malentendu potentiel ou effectif[7]. Ainsi, trois cas de figure se dessinent et donnent lieu à une typologie de séquences de résolution.

3.1. Articulation d’un élément non explicité : le cas prototypique

La plupart des configurations relevées dans la collection sont similaires à celle présentée dans l’exemple (1) : il s’agit de situations où un participant propose un « candidat inférentiel », mettant en suspens le cours de l’échange afin de désigner un manque d’information qui rend difficile l’émergence d’une signification à attribuer à ce qui a été dit auparavant, ou encore dans une visée d’explicitation. Ces cas concernent aussi bien les malentendus potentiels déclenchés par l’emploi d’un élément verbal ambigu que ceux relevant d’une difficulté interprétative plus large. L’exemple (1) est plutôt représentatif de cette première catégorie.

C’est également dans ce premier type de résolution d’inférences problématiques que nous avons décidé d’inclure les formulations. En effet, nous y voyons une manière de désigner un tour de parole comme étant potentiellement ambigu et donc nécessitant une confirmation de la bonne compréhension. L’extrait suivant permet d’illustrer ce cas de figure. Ici, LAU et JUL sont un couple qui accueille JEA et CLA chez eux pour un apéritif. JEA prend des nouvelles de LAU et lui demande des informations concernant son travail dans l’entreprise « VCL » : (2) Extrait 1.6, corpus « Chat »

 

En réponse à la question de JEA, LAU produit un tour de parole ironique : « y a beaucoup d` grèves j’ai du mal à travailler hein » (lignes 6-7, 10). Plusieurs enchaînements ironiques s’ensuivent, produits à la fois par JEA (lignes 13 et 15) et par LAU (lignes 14 et 16). JEA produit ensuite une formulation, plus sérieuse, visant à résumer la critique émise par LAU sur son travail : « ouais c’est toujours pareil/ quoi » (ligne 20). Cette formulation est validée par LAU par un simple « hm » (ligne 21).

Par sa formulation, JEA montre qu’il a su inférer du discours ironique de LAU que sa situation au travail n’a pas évolué depuis leur dernière rencontre. L’état de ses connaissances sur le sujet est notamment évoqué dans son premier tour de parole : « tu bosses toujours autant/ » (lignes 1-2). Les commentaires produits par LAU sur le manque de travail dans son entreprise amènent JEA à proposer un « candidat inférentiel » qu’il soumet à LAU : il montre par là qu’il a su relier son savoir à la critique véhiculée par les tours de parole de ce dernier. Néanmoins, il produit cette formulation (« ouais c’est toujours pareil/ quoi »), qui nous amène à y voir une volonté de faire valider son inférence. La dynamique inférentielle de cette formulation peut être représentée de la manière suivante :

[connaissances d’arrière-plan]         (A) LAU rencontre des difficultés au travail                [discours de LAU]                                 (B) LAU n’est pas satisfait par son travail    [inférence]                                            à (C) L’état du travail de LAU n’a pas changé        

[validation]                                          à (C)

La formulation de JEA explicite donc une information que LAU ne formule pas directement, mais fait entendre par un processus ironique. Potentiellement ambiguë, l’ironie nous semble être ici à l’origine de la présence de cette explicitation : en effet, JEA cherche ainsi à faire valider sa bonne compréhension de la critique de LAU envers son entreprise. Remarquons également que la formulation produite par JEA peut être considérée comme une ressource conversationnelle mobilisée par ce locuteur afin de « pointer » vers un malentendu potentiel, nécessitant la mise en place d’un calcul inférentiel complexe. En effet, ce calcul amène le locuteur à convoquer à la fois ses connaissances d’arrière-plan, son histoire interactionnelle partagée avec LAU et ses compétences d’ordre rhétorico-pragmatique, pour reprendre le terme de Kerbrat-Orecchioni (1986). L’enchaînement des tours de parole dans cet extrait relève ainsi d’une co-construction commune de la signification du tour de parole ironique de LAU et permet d’illustrer une dynamique de l’émergence de la signification dans l’interaction.

Dans ces cas prototypiques d’articulations d’inférences soumises à validation, les locuteurs cherchent donc à trouver une sorte de « terrain d’entente », de s’accorder sur la signification d’un contenu véhiculé de manière indirecte. Nous entendons par là qu’il s’agit de situations où la co-construction d’une signification aboutit par le biais d’une négociation mettant en jeu un calcul inférentiel complexe à partir de contenus immédiatement accessibles et de connaissances convoquées par et dans le contexte de l’échange. En articulant un contenu non explicité, les locuteurs à la fois indiquent la présence d’un non-dit pouvant mener à un malentendu, et initient une séquence de négociation, aussi brève soit-elle.

3.2. Ajustement épistémique 

Si dans le premier cas de figure les états épistémiques des participants sont « à jour », les extraits classés dans cette deuxième catégorie relèvent d’un déséquilibre de connaissances d’arrière-plan nécessaires pour parvenir à la bonne inférence dans l’échange. Cette discordance de savoirs partagés n’a été relevée que dans les interactions de plus de deux participants. Deux « pôles » épistémiques se créent dans ce cas de figure : d’une part, les participants qui possèdent le savoir en question, et d’autre part, ceux qui ne le possèdent pas. Voici un exemple tiré de notre collection, où trois jeunes filles, amies de longue date, se retrouvent autour d’un verre : ELI est l’hôtesse et BEA et MAR sont invitées. L’extrait ci-dessous correspond à un moment au début de l’échange où les participantes prennent des nouvelles de la sœur d’ELI :

  • Extrait 4.2, corpus « Kiwi »

À la ligne 6 MAR demande à ELI : « et avec son chéri ça va/ ». BEA, n’étant pas au courant du nouveau statut relationnel de la sœur d’ELI, initie une séquence de réparation à la ligne 3 : « elle a un chéri/ ». Par cette question, BEA indique que le présupposé la sœur d’ELI a un petit ami renvoie à un savoir partagé seulement par ELI et MAR : elle pointe ainsi vers le déséquilibre épistémique en jeu ici. Cette asymétrie est par ailleurs thématisée par ELI (ligne 4) : « ah mais poulette tu savais PAS/ ». La confirmation de MAR (« oui/ », ligne 5) résout la discordance et les trois locutrices passent à une séquence d’évaluation de cette information (lignes 6-14).

Dans cet exemple, il s’agit pour BEA d’« ajuster » son état de connaissances suite à une nouvelle information émergeant de l’échange. La question de MAR adressée à ELI à la ligne 1 (« et avec son chéri ça va/ ») reçoit dans un premier temps une réponse d’ELI (« oh trop drôle\ ») (ligne 4), confirmant que les deux locutrices ont bien accès à l’information partagée et n’ont pas besoin de revenir sur le présupposé en question. Plusieurs éléments permettent de dire qu’il s’agit bien là d’une information non explicitée mais bien connue de MAR et ELI, puisque faisant partie de leur histoire interactionnelle partagée. Tout d’abord, la paire adjacente questionréponse produite par les deux locutrices : l’enchaînement « et avec son chéri ça va/ » – « oh trop drôle\ » indique que ELI a pu traiter la question de MAR comme un « tremplin » pour passer à un récit, sans nécessairement s’assurer du caractère partagé de l’information portant sur sa sœur. En outre, si BEA n’interrompait pas l’échange afin de signaler l’asymétrie épistémique, MAR serait amenée à inférer de la réponse de ELI (« oh trop drôle », ligne 4) qu’en effet, la nouvelle relation de la sœur d’ELI se passe bien et qu’une séquence narrative va suivre. Ainsi, un implicite semble être mis en jeu ici : déclenché par la question de MAR (ligne 1), il est ensuite relevé et thématisé par BEA lorsqu’elle initie la séquence de réparation (« elle a un chéri/ », ligne 3).

Cinq autres occurrences d’ajustement épistémique sont présentes dans la collection. Cela permet de voir que certains éléments relevant des connaissances présumées partagées contribuent à l’émergence de phénomènes liés à l’implicite dans les interactions verbales. Le calcul inférentiel que les participants mettent en place consiste ici à confronter leur état de connaissances aux présupposés véhiculés par le discours des autres participants et apparaît plus « simple » que celui que nous avons pu mettre en évidence dans l’analyse de l’exemple (2). Dans le cas d’ajustement épistémique, le problème inférentiel est ainsi plus intimement lié aux histoires interactionnelles partagées par les locuteurs et relève de la convocation d’un ensemble de savoirs dans un moment particulier de l’échange. Cet aspect-là des séquences présentées ici serait également à mettre en lien avec le cadre participatif de l’échange (participation framework, Goffman 1974) : en effet, comme nous l’avions mentionné auparavant, les ajustements épistémiques concernent les configurations où deux « pôles » épistémiques, sont mis en évidence par les participants qui thématisent la divergence des savoirs présumés partagés. Le « pointage » vers cette divergence peut donc être considéré dans ces cas comme une ressource mobilisée par les locuteurs afin de négocier leur participation et leur intercompréhension dans l’échange. L’ajustement épistémique représente ainsi un phénomène particulièrement intéressant pour l’analyste : les enjeux de ce type de séquences s’étendent à la fois aux aspects inférentiels de l’interaction, et aux aspects liés à la participation, les histoires interactionnelles partagées et la connivence émergentes.

3.3. Le cas d’une inférence « erronée » faite par un participant : le malentendu

Dans la collection retenue pour cette étude, nous avons pu relever un cas unique n’entrant pas dans les deux catégories précédemment exposées. Il s’agit d’une configuration où un participant initie une réparation qui vise à rectifier une inférence erronée : il s’agit là du cas prototypique de malentendu (Traverso 2003). Dans l’extrait en question, faisant partie d’une séquence plus longue où JUL, l’hôtesse, raconte à ses amis son séjour en Suède, JEA, un des invités, lui pose une question qui est alors mal comprise.  (4) Extrait 1.3, corpus « Chat »

 

Alors que JUL partage avec ses amis ses impressions sur son voyage, elle mentionne que la Scandinavie a été une véritable découverte pour elle (lignes 1-2). JEA demande alors à JUL si elle a eu l’occasion de découvrir un peu plus la Suède : « et t` as visité un peu/ euh  t` as p`t-êt` bougé/ non » (ligne 3). JUL répond en évoquant ses voyages précédents et revient sur le fait qu’elle n’avait jamais été en Scandinavie auparavant (lignes 4-8). Cette réponse semble ne pas convenir à JEA, puisqu’il souhaite reformuler sa question : un échange inséré a lieu (lignes 9-13) visant à situer la question de JEA dans le contexte du voyage en Suède. Le locuteur reformule enfin sa question (lignes 14-15) amenant JUL à donner les informations initialement demandées (lignes 16-19).

La première réponse de JUL ne semble pas convenir à JEA : en effet, il refuse sa réponse en enchaînant par un tour de parole préfacé par « non mais » (ligne 9). Il initie notamment une séquence de réparation visant à faire comprendre à JUL ce qu’il souhaitait lui demander à l’origine. Le repairable en cause ici est la manière dont JUL a traité la première question de JEA : il s’agit donc d’une inférence « erronée » de sa part sur le genre d’information que JEA lui demande. La question de ce dernier intervient après un tour de parole où JUL parle de la découverte, ce qui semble l’amener à interpréter cette question comme ayant une portée générale et non pas spécifique à son séjour en Suède. Nous pouvons représenter ce calcul inférentiel de la manière suivante :

[discours de JUL]                                (A) JUL n’avait jamais été en Scandinavie auparavant            

[discours de JEA]                                (B) JEA veut savoir si JUL a voyagé               

[inférence]                                            à (C) JEA veut savoir si JUL avait déjà voyagé en Scandinavie

Cependant, d’après la reformulation de la question de JEA qui a lieu par la suite, le calcul attendu serait différent :

[connaissances d’arrière-plan]         (A’) JUL a séjourné en Suède           

[discours de JEA]                                (B’) JEA veut savoir si JUL a voyagé              

[inférence]                                            à (C’) JEA veut savoir si JUL a voyagé en Suède

Ainsi, alors que la question de JEA mobilise plutôt les connaissances partagées par les locuteurs, notamment le fait que JUL a séjourné en Suède, JUL rattache sa question au thème qu’elle développe dans son premier tour de parole. Elle en infère donc que la question de JEA (ligne 3) relève d’une incompréhension du participant de ce qu’elle vient de dire. JEA reprend alors sa question en précisant « non mais quand tu quand t’y étais là […] en suède » (lignes 9-10) afin de convoquer à nouveau le savoir partagé concernant le voyage de JUL.

La dynamique que nous observons dans cet extrait est différente de ce que nous avons pu voir plus haut. En effet, alors que les autres cas de figure d’inférence problématique relevaient d’un malentendu « potentiel » déclenché par un manque d’informations articulées ou par une divergence épistémique, nous observons dans cet échange un décalage entre le calcul inférentiel attendu et le calcul inférentiel produit. Par ailleurs, contrairement aux autres extraits de la collection, il s’agit dans ce cas particulier d’un malentendu « effectif » : alors que dans les cas précédents la réparation avait pour objectif d’anticiper un décalage interprétatif, dans l’extrait (4), un participant désigne directement la présence de ce décalage. Retracer le calcul inférentiel produit par les locuteurs peut donc s’avérer intéressant pour une description de différents types de malentendus.

4.  Conclusions

Afin de proposer une vision alternative des phénomènes relevant de l’implicite, nous avons entrepris dans cet article d’illustrer un changement de perspective théorique et analytique, en nous positionnant du point de vue conversationnaliste. L’étude que nous avons menée ici a porté sur un corpus de langue parlée en interaction que nous avons abordé avec les outils développés dans le cadre de l’analyse conversationnelle, avec une focalisation sur les séquences de résolution de problèmes interactionnels liés à l’inférence. La typologie qui s’est alors imposée à nous dans cette démarche permet de distinguer trois configurations différentes du point de vue des calculs inférentiels effectués par les locuteurs. Ainsi, les situations d’incompréhension relevées peuvent être déclenchées par un calcul non abouti dû à un manque informationnel dans le discours d’un participant, par une divergence de savoirs partagés amenant les locuteurs à procéder à un ajustement épistémique, ou encore par un calcul inférentiel erroné de la part d’un participant. La complexité de ces calculs se joue aussi bien sur un plan interprétatif, que sur un plan épistémique, mais aussi sur les plans de la participation et de la convocation ponctuelle des connaissances d’arrière-plan, des histoires interactionnelles partagées. Le même procédé conversationnel est alors déployé pour ces trois cas de figure : celle de la réparation.

Dans les analyses que nous avons proposées ici, nous avons mis l’accent sur la possibilité de reconstruire la démarche inférentielle adoptée par les locuteurs. En effet, les éléments verbaux présents dans l’environnement immédiat d’un énoncé contiennent des indices relevés par les participants dans leur calcul inférentiel mobilisant les connaissances d’arrière-plan, la référence à un discours précédent, ainsi que la convocation de compétences d’ordre rhétorico-pragmatique (Kerbrat-Orecchioni 1986). Les enchaînements de tours de parole apparaissent ainsi comme tributaires de ce calcul inférentiel, et l’occurrence de malentendus, « potentiels » ou « effectifs », comme directement liée à la représentation que les participants peuvent avoir de leur bagage épistémique commun. Les stratégies mises en place par les locuteurs dans la résolution de problèmes inférentiels consistent dans la plupart des cas à proposer un « candidat » à faire valider pour pouvoir poursuivre l’échange. La manière dont les participants articulent ces « candidats » permet d’avoir accès aux informations qu’ils relèvent comme étant pertinentes dans le discours de leurs interlocuteurs et rendent ainsi les processus inférentiels tangibles pour l’analyste. Il est également intéressant d’observer, notamment dans le cas des ajustements épistémiques, la manière dont les locuteurs indiquent la présence de contenus faisant partie des connaissances présumées partagées : le processus de convocation ponctuelle d’un élément appartenant à leur histoire interactionnelle partagée peut être considéré comme une ressource pour « marquer » la présence d’un implicite.

Ces séquences d’explicitation ou de négociation ouvrent une porte d’entrée intéressante pour une approche conversationnaliste des phénomènes relevant de l’implicite. En effet, la présence de ces séquences représente pour nous une preuve d’une dynamique co-constructive de la signification dans l’interaction verbale : un contenu implicite peut donc être considéré, et c’est ce que montrent les analyses des extraits présentés ici, comme émergeant au cours de l’échange, non pas « préconstruit », mais « co-construit ». L’étude de la signification dans une perspective conversationnaliste permet de voir que dans les pratiques langagières quotidiennes le comportement des locuteurs ne correspond pas toujours au modèle proposé dans les théories « classiques » de la pragmatique : en effet, comme nous avons essayé de le montrer ici, dans leurs calculs inférentiels les interactants ne procèdent pas systématiquement à un calcul propositionnel, mais entrent davantage dans une démarche d’ajustement permanent entre ce qui a été dit et ce qui est à suivre dans l’interaction. Un contenu sémantique particulier peut donc « devenir » implicite s’il est considéré comme tel par un participant à un instant de l’échange verbal, en raison d’un manque informationnel ou interprétatif, par exemple. De manière triviale, chaque enchaînement de tours de parole nécessite la mise en place d’un certain calcul inférentiel, plus ou moins complexe, de la part des locuteurs : c’est donc en observant en détail la façon dont cet enchaînement s’articule lorsqu’il « pose problème » pour la suite de l’échange, que nous pouvons retracer ce calcul. Dans la perspective conversationnaliste, il devient alors possible de concevoir l’implicite comme un phénomène conversationnel reconnaissable et reconnu par les participants, pertinent dans la co-construction de la signification, et d’une grande complexité, mettant en jeu tous les niveaux de l’interaction verbale.

 

Conventions de transcription

 

 

 

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[1] Corpus de Langue Parlée en Interaction, http://clapi.ish-lyon.cnrs.fr.

[2] Laboratoire ICAR (Interactions, Corpus, Apprentissages, Représentations, UMR 5191), http://icar.univ-lyon2.fr.

[3] Le premier chiffre de la numérotation des extraits présentés ici correspond au sous-corpus (« Chat » (1), « Pois » (2), « Glasgow » (3),

« Kiwi » (4) et « Olives » (5)) ; le deuxième chiffre correspond au numéro de l’extrait de la collection dans le sous-corpus (six extraits au total pour le corpus « Chat », deux extraits pour le corpus « Pois », cinq extraits pour le corpus « Glasgow », deux extraits pour le corpus « Kiwi » et deux extraits pour le corpus « Olives »). Pour les conventions de transcription, voir l’annexe.

[4] Le terme « séquentialité » renvoie ici au niveau organisationnel de l’interaction supérieur à l’alternance des tours de parole : il s’agit plus précisément de l’organisation en actions accomplies par la parole au cours de l’échange. Rappelons que Schegloff définit la séquence comme étant « a course of actions implemented through talk » (2007 : 9).

[5] Nous entendons par « grammaire interactionnelle » le modèle de l’alternance des tours de parole introduit par Sacks et al. (1974). Cela renvoie à la mise en évidence de la présence d’une structure sous-jacente dans la prise de parole au cours de l’échange verbal ayant un enjeu sur le déploiement séquentiel de ce dernier.

[6] La formulation relève notamment de processus tels que « summarizing, glossing, and developing the gist of the informant’s earlier statements » (Heritage et Watson 1979 : 100).

[7] Notre emploi du terme « malentendu » dans les analyses qui suivent renvoie à l’étude faite par Traverso (2003), décrivant la séquentialité de ce phénomène interactionnel : nous parlerons ainsi de « malentendu effectif » lorsque l’initiation de la réparation intervient après que le décalage interprétatif soit reconnu par les participants, et de « malentendu potentiel » lorsque ce décalage est anticipé.