Signes, Discours et Société

Revue semestrielle en sciences humaines et sociales dédiée à l'analyse des Discours

Local et Universel dans la traduction des textes homériques

Petre Gheorghe Bârlea

Faculté des lettres
Universitatea « Ovidius » Constanţa
gbarlea@yahoo.fr

Rezumat:

Studiul nostru vizează caracterul aparent paradoxal al dinamicii local-universal al poemelor homerice. Inițial, aezii antici au știut să imprime valor universal-umane problemelor de viață ale comunității miceniene din epoca legendarului război troian. Ulterior, exegeții și traducătorii au adaptat aceste valori la specificul limbilor și mentalităților din propriile lor spații geografico-spirituale. Latinii (L. Andronicus ș.a.) și modernii (Salel-Jamin, Al. Pope, J.H. Voss, G. Murnu ș.a.) au latinizat și au localizat în versiunile epocii lor nu numai numele proprii, ci și elemente de cult religios, elemente de realia, re-integrând opera homerică în universalitate dintr-o perspectivă mereu reînnoită. Unii dintre acești traducători-inovatori devin ei înșiși creatori „homerizi”, cf. cazurile G. Chapman sau L. de Lisle.

Cuvinte-cheie:

Poemele homerice, traduceri, adaptare lingvistică, naturalizare de „atmosferă”, „homerizi” moderni.

Résumé :

Notre étude porte sur la paradoxale dynamique universel/local des poèmes homériques. Dans un premier temps, les aèdes antiques ont su imprimer des valeurs humaines universelles aux questions de la vie communautaire de l’époque mycénienne de la légendaire guerre de Troie. Par la suite, les interprètes et les traducteurs ont adapté ces valeurs à la langue et à la mentalité spécifique de leurs propres espaces géographiques et spirituelles. Les Latins (L. Andronicus etc.) et les modernes (Salel-Jamin, Al. Pope, J.H. Voss, G. Murnu etc.) ont donné des versions latinisées et localisées de leur temps non seulement par les noms propres des personnages, mais aussi par des éléments religieux et de realia, ce qui signifie une réintégration des œuvres homériques dans une perspective universalisé sans cesse renouvelée. Certains de ces traducteurs innovateurs deviennent eux-mêmes des créateurs "homérides", cf. les cas de G. Chapman ou de L. de Lisle.

Mots-clé:

Poèmes homériques, traductions, adaptation linguistique, naturalisation d’ "atmosphère", "homérides" modernes.

 

  1. L’universalité des œuvres d’Homère et la dynamique de leur réception

1.1. En principe, les deux grands poèmes épiques attribués à Homer, l’Iliade et l’Odyssée, appartiennent au patrimoine culturel universel. Même s’ils reflètent une société située de manière très précise dans le temps et dans l’espace – le monde mycénien de la zone de la Mer Egée, aux aubes de l’époque historique (environ 1200-1100 av. JC.) – les valeurs profondément humaines qu’ils transmettent tant au niveau des idées qu’aux niveau étique et esthétique, les placent dans l’universalité et dans l’éternité. Les pensées et les sentiments des protagonistes, les relations interhumaines, le rapport de l’homme avec la nature et avec le facteur divin, les interrogations et les aspirations humaines – exprimées, toutes, dans une forme artistique impeccable, leur confèrent une valeur pérenne et unique. Ainsi, tant les éditions successives des textes d’origine, que leur exégèse, d’un côté, et les traductions les plus fidèles, d’un autre côté, ont en vue l’accès de chaque génération de récepteurs, de chaque espace culturel du monde, aux vérités fondamentales contenues dans ces ouvres avec une valeur matricielle exemplaire pour l’évolution de la spiritualité du monde.

1.2. Le problème est que les moyens linguistiques de transfert de l’époque ancienne aux époques ultérieures et de l’espace achéen dans divers autres espaces du monde ne restent pas inchangés. En plus, la capacité de compréhension des interprètes (traducteurs, exégètes), d’un côté, et de la réception des textes en général, d’un autre côté, ne sont pas uniques et même pas constants. Chaque nouvelle édition de texte, chaque nouvelle démarche exégétique et chaque nouvelle traduction signifie d’autres marques imprimées sur le texte de base, fortement déterminées par l’espace et le temps qui les ont générées.

      2. Le principe „du commentaire” et le principe de „raréfaction du texte” dans l’analyse du discours  homérique  

De la perspective de l’analyse du discours, telle qu’elle est conçue par Michel Foucault, le texte  homérique  représente un certain type de discours „qu’on récite”, dans le sens que c’est un texte fondamental, éternel, immuable, et, en plus, a la capacité de générer de nouveaux textes, issus directement du premier, appelés de manière générale par le philosophe du Collège de France, des „commentaires”. A la différence d’un texte fondamental, le commentaire „se dit”, il est temporaire et change toujours. Ensemble, ces deux types de textes forment une certaine procédure de contrôle et de limitation du discours humain en général, plus précisément, une procédure interne, par laquelle le discours exerce son propre contrôle, en opérant une certaine classification, organisation et distribution du texte primordial, relativement indépendante des interventions externes (de la société civile, des autorités de l’état, religieuses etc.)

Pratiquement, par le „commentaire” foucaldien sur le texte  homérique  on comprend plusieurs nouveaux textes: a) l’exégèse proprement-dite; b) les traductions; c) les créations originales, basées sur la mise en valeur de certains thèmes, motifs, personnages ou techniques littéraires homériques. Pour cette dernière hypostase, M. Foucault donne l’exemple du roman Ulysse, de James Joyce, et pour les deux premières – l’exemple de Victor Bérard, celui qui commente et traduit les textes d’Homère en français.

Dans tous les cas, les textes secondaires qui résultent du „commentaire” du texte primaire, fondamental, ne font que montrer à quel point les ressources intérieures de celui-ci sont riches, combien de messages cachés sont encore à y découvrir. Autrement dit, les exégèses, les traductions et les créations originales, produites dans le sillon du texte d’origine, constituent autant de preuves pour le caractère polyvalent de celui-ci, sa capacité de se ré - actualiser perpétuellement. Or, on arrive ainsi à un paradoxe: un texte ancien, déclaré fondamental, éternel, immuable, s’avère, en fait, régénérable à l’infini, flexible, ouvert. Michel Foucault va encore plus loin avec la subtilité de la mise en évidence des paradoxes, en doublant la perspective du jeu de rôles entre le texte fondamental et le texte secondaire:

Il doit, selon un paradoxe qu'il déplace toujours mais auquel il n'échappe jamais, dire pour la première fois ce qui cependant avait été déjà dit et répéter inlassablement ce qui pourtant n'avait jamais été dit.  (p. 25).

En d’autres mots, le rôle des interprétations théoriques, tout comme des traductions dans les langues modernes n’est pas seulement de restituer de l’essentiel d’un chef d’œuvre de la spiritualité antique, mais aussi à dévoiler des sens cachés, des suggestions de grande subtilité du texte original. Or, de telles réalisations ne tiennent pas uniquement de la relation compétence/performance de la structure personnelle de l’individu qui approche le texte en question, mais aussi des vertus de la langue dans laquelle on écrit l’analyse de texte et la traduction, de sa capacité de rendre un tel commentaire. Nous savions déjà, même avant la magistrale démonstration de Wilhelm von Humboldt, qu’il existe un „génie interne” à chaque langue, qui se manifeste dans un double sens:

  1. la communauté linguistique, marquée par certaines conditions de vie et par une certaine mentalité, imprime une structure spécifique à chaque langue, au niveau morpho-syntactique et phonétique;
  2. la structure linguistique impose une certaine manière de „découper” la réalité, qu’on voit, on comprend et on exprime uniquement dans la manière que la langue utilisée nous le permet.

C’est de ce point de vue qu’il faut comprendre les innovations, recte les localisations qui ont lieu dans les variantes spatio-temporelles „nouvelles” des textes homériques, tout comme de tout autre type de texte fondamental. Ici intervient également un deuxième principe foucaldien, complémentaire à celui énoncé plus haut: le principe de raréfaction du discours, concrétisé dans la „problématique de l’auteur. Les retours successifs sur le texte fondamental renforcent la paternité de l’auteur, y compris d’Homère, à propos de qui on sait qu’en fait il représente uniquement un symbole des aèdes anonymes de l’époque de la genèse et de la mise en circulation des deux grands poèmes épiques. D’un autre côté, de par leur multiplication, les textes secondaires – dans notre cas les traductions - ne privilégient pas beaucoup le traducteur, et d’autant moins l’exégète, même si ceux-ci, à la différence du légendaire Homère, ont une identité claire et un statut intellectuel de grande autorité (comme, par exemple, George Chapman, Leconte de Lisle, Giambattista Vico, Goethe, Schiller, Erich Auerbach etc.).

Tous ces processus illustrent la double nature du phénomène connu dans l'histoire universelle des traductions:

  1. a) le texte de base se conserve encore mieux, malgré son ancienneté de plus en plus marquée ; en plus, il se régénère sans cesse, en développant de nouveaux détails au niveau esthétique et conceptuel;
  2. b) le texte de base subit des réinterprétations successives, par des „localisations” qui rendent le message perceptible pour les récepteurs de certains espaces géographiques et des époques historiques nouvelles; ces adaptations vont jusqu’à dénaturer „l’atmosphère” de l’original.

      3. La latinisation des  textes homériques et ses effets globaux

Les versions latines des poèmes homériques ont été les premiers exemples d’éloignement de l’esprit et de la lettre du texte original. Et il ne s’agit pas ici de l’ancienne, lourde et naïve traduction de Livius Andronicus, qui constitue la première création artistique en latin (à la fin du IIIème siècle a. C.), ni des traductions de l’époque classique de la latinité. Il s’agit des réalisations tardives du Moyen Age et de la Renaissance, quand les langues nationales européennes étaient considérées encore immaturés pour pouvoir rendre de tels chefs d’œuvres, même si l’on avait déjà créé des épopées nationales directement dans ces mêmes langues. Une seule variante, de la série des textes parallèles, tels que Le roman de Troie, par Benoît de Saint Maure, du XIIème siècle (1160-1170) a pu paraître en français archaïque. Ainsi, l’Humanisme de la Renaissance a privilégié l’étude de l’Antiquité latine, de manière que les représentants de l’Humanisme en Italie et en France ont fait des traductions d’Homère en latin. Il s’agit de Leonardo Bruni, Carlo Marsuppini, Nicolò dello Valle qui ont créé des versions timides, en prose ou en vers, en langue et dans le mètre latin. Très connues ont été les traductions en latin réalisées par Lorenzo Valla, Iliada, c. I-XVI, et Agnolo Poliziano, Iliada, c. II-V.

Toutes ces traductions ont récréé, d’après l’ancienne tradition, l’onomastique de la latinité antique, c’est-à-dire des théonymes, des anthroponymes, des toponymes etc., ce qui a fait que jusqu’à nos jours Odysseos est plutôt connu sous le nom d’Ulysse, provenant du lat. Ulyxes. En fait, l’entier Panthéon grec a été adapté dès cette époque-là, à la spiritualité latine, ce qui a donné naissance à une série entière d’autres „naturalisations” du texte original dans nos cultures.

  1. Les premières traductions en langues nationales et la méthode de l’adaptation locale

Une fois déclenchée, la prolifération de ces adaptations successives ne peut plus être arrêtée. Ni même la reprise des études savantes, effectuées directement sur les textes grecs, de la dernière étape de la Renaissance, favorisée par les éditions grecques de mieux en mieux réalisées, n’a pas pu mettre fin au courent basé sur le concept lancé par les Latins – translatio „transfert, transformation, passage à une autre forme”.

De nouveau, L’Italie et la France s’avèrent un terrain fertile pour les éditions grecques. Malheureusement, le caractère de plus en plus scientifique des éditions de texte n’a pas stimulé une conception de traduction adéquate. Les langues nationale européennes  – romanes, germaniques etc. – étaient encore en plein processus de formation de leurs variantes littéraires supradialectales, et dans la création littéraire de l’époque persistait encore l’idée que seulement les genres populaires – le roman, la nouvelle, la poésie satirique – peuvent être rédigés en sermo vulgaris, la variante nationale. Les genres savants – l’épopée, l’épistole, la lyrique philosophique etc. – ont continué encore longtemps à être rédigés en latin. Il en est de même pour les œuvres scientifiques, juridiques, diplomatiques, théologiques, etc.

Même après ce que les langues modernes ont enfin été considérées aptes à rendre la richesse d’idées et de valeurs esthétiques des poèmes homériques, le modèle latin a continué à dominer les tendances en / conceptions de traductologie, parmi ses nombreuses distorsions. Les XVIIème et XVIIIème siècles peuvent être considérés l’époque des premières traductions importantes dans les langues et les cultures modernes de l’Europe:

- En France, la traduction de l’Iliade a été commencée en 1545, par Hugues Salel, et a été finalisée par son apprenti, Amadys Jamin, en 1580-1605.

- En Angleterre, l’Iliade paraît en 1598, et L’Odyssée, en 1616, grâce à l’effort de George Chapman, l’un des premiers grand „homéristes” du monde moderne.

- En Allemagne, après les versions de J.V. Rexius (en prose) et de Johann Spreng (en vers), à partir du XVIIème siècle (1610), a fait époque la traduction de Johann Heinrich Voss, parue à la fin du XVIIIème siècle, L’Odyssée, 1781 et l’Iliade, 1793, devenues des éditions de référence dans l’histoire de l’homérologie allemande et européenne, en général. Entre ces versions il y en a eu d’autres –  partiales ou intégrales, en vers ou en prose, en vers originaux ou modernes etc.

  1. Homérides, homéristes et homérologues

Le nombre d’éditions et de traductions a été doublé par la réapparition des exégètes et des commentateurs de diverses catégories.

5.1. Dans l’Antiquité grecque s’étaient affirmés les philologues des Académies d’Alexandrie, des Syracuza etc., qui ont fixé à l’écrit les premières éditions standard des deux grands poèmes, par la comparaison et la compilation des nombreuses variantes qui circulaient à l’oral ou étaient enregistrées de manière fragmentaire dans de divers textes écrits. Ces savants de la Bibliothèque d’Alexandrie, de Pérgamon etc. continuaient l’activité des « homérides » évoqués à l’époque classique de la culture grecque, cf. les Dialogues de Platon. La culture latine et celle européenne médiévale et moderne ont continué cette tradition de manière plus timide.

5.2. Mais la Renaissance et le Classicisme, et même le Romantisme, ont ramené dans l’actualité de telles activités, représentées par le spécialiste de type encyclopédique. Il s’agit des homéristes qui consacrent leur vie entière à l’étude de l’œuvre d’Homère, à son édition et à sa traduction, d’un côté, mais aussi à la création propre, originale, qui doit pourtant beaucoup au modèle homérique – par sa thématique, ses motifs, ses personnages, sa technique littéraire, tellement vaste et connue dans la conscience des récepteurs, sur le plan national et international ; cela signifie d’ailleurs une manifestation de type homérique de plus.

On peut illustrer ce phénomène de l’activité des homéristes, c’est-à-dire  des „Homères” des siècles modernes, par deux personnalités significatives.

5.2.1. L’anglais George Chapman (1559 - 1634) est le premier et le plus significatif exemple de l’homérisme complet:

- Il a donné à sa culture, et par elle à la culture universelle, la première traduction intégrale des poèmes homériques, cf. supra, mais aussi Batrachomyomachia, Les Hymnes homériques, c’est-à-dire également les textes mineures attribués à Homère;

- Il a créé sa propre œuvre, originale, de grande valeur, marquée par le modèle homérique du point de vue qualitatif, quantitatif et aussi en ce qui concerne son impact sur ses succécesseurs :

  • The Blind Beggar of Alexandria (1596-1598);
  • An Humorous Day’s Mirth (1597-1599);
  • All Fools (1605);
  • My Day (1611);
  • The Conspiracy and Tragedy of Charles, Duke of Byron (1608).

5.2.2. Le Français Leconte de Lisle (1818 – 1894) représente la variante parnassienne de l’homérisme complet:

- Il a traduit intégralement l’Iliade, en 1866 (traduction reprise en 1874; 1882; 1884) et L’Odyssée, 1868,  tout comme Batrachomyomachia et Les Hymnes homériques;

- Il a écrit des essais et des œuvres théoriques d’exégèse philosophico-littéraire, à partir des textes homériques;

- Il a créé une œuvre littéraire originale, fortement marquée par les poèmes homériques, par la tragédie classique grecque et par l’entier monde antique, qui vise pourtant les problèmes, la sensibilité et la mentalité de son monde:

  • Poèmes antiques (1852; 1891 – édition de référence)
  • Poèmes barbares (1862; 1889 – édition de référence)
  • Poèmes tragiques (1884; 1895 – édition de référence)
  • Hélène (1852, drame intégré ultérieurement dans les Poèmes antiques)
  • Les Erinyes (1873, drame en 2 parties, intégré dans les Poèmes tragiques).

Chacun d’entre eux a donné de la „couleur locale” aux poèmes homériques, en rendant en même temps universaux, en compensation, des motifs, des personnages, des épisodes homériques. Il les remet en circulation dans les langues modernes et dans la forme agréée par la civilisation moderne. Non seulement ils ont gardé les noms latins des divinités et des héros homériques, repris dans la variante phono - morphologique de leur langue, mais ils en ont aussi adapté la terminologie aux spécificités de ces langues – par exemple les fonctions hiérarchiques (administratives, religieuses, dénominations des armes, plantes, animales, termes pour certains rituels, actions militaires etc.).

Dans le cas spécial de Leconte de Lisle, il faut tenir compte également de l’impact énorme que la langue et la culture françaises ont eu, au fil des siècles, sur les langues de l’Europe et d’autres continents (Afrique, Asie, Amérique Latine). Or, „le modèle français” a agi de manière efficace surtout par la circulation intense des livre, id est: par les créations des écrivains français, mais aussi par les traductions françaises de la littérature universelle, y compris des classiques gréco-latins. Parmi les versions des épopées homériques, celles réalisées par L. de Lisle, ensuite, deux siècles plus tard, par Victor Bérard, ont circulé dans le monde entier.

Grâce à ces éditions, on a commencé à adapter le texte homérique à la langue, la culture et la civilisation de l’époque et à l’espace de chaque nouvelle versions dans une langue moderne.

5.3. Les homérologues, stimulés par les éditions de tout type (éditions, traductions etc.), ont repris la tradition des commentaires académiques en marge des textes homériques. A l’époque que nous venons d’évoquer (les XVIIème et – XVIIIème siècles) se sont affirmé deux personnalités:

5.3.1. Le Français D’Aubignac, avec un livre célèbre, écrit en 1664, mais paru posthume, en 1715, Conjectures académiques ou Dissertation sur Iliade. Ouvrage posthumes trouvé dans la recherche d’un savant, Paris, 1715.

5.3.2. L’Allemand Friederich-August Wolf, avec son encore plus célèbre Prolegomena ad Homerum, Berlin, 1795.

Sur la base de l’analyse critique des textes homériques, surtout de l’Iliade, les deux homérologues reprennent les théories des anciens horizontes „fragmentaristes” de l’Antiquité, qui soutenaient que les deux épopées représentent, en fait, un recueil de textes disparates, qui ont circulé sous forme de créations folkloriques indépendantes, ce qui est soutenu également par les nombreuses incongruités de contenu et de composition, tout comme par le style populaire, oral, formulaire, des narrations. Homère, qui ne peut être qu’une antonomase de l’adjectif commun qui signifiait „l’aveugle”, est le symbole de l’aède de l’époque où ces fragments circulaient intensément.

Les recherches ultérieures ont montré que D’Aubignac avait consulté, en fait, une traduction latine des épopées homériques, et non pas le texte „original” grec et que bon nombre des incongruités qui lui ont servi d’arguments pour sa théorie tiennent de la pure fantaisie. En ce qui concerne le livre de J.-A. Wolf, on a prouvé que celui-ci n’était qu’une reprise assez servile des passages entiers appartenant à D’Aubignac, mais aussi d’autres exégètes, comme Wood, Mérian, Villoisson.

  1. „Le problème homérique” et le caractère rural-archaïque du monde homérique

D’Aubignac via J.-V. Wolf reprend les discussions autour de ce qu’on a appelé „le problème homérique”, qui visait non seulement la paternité, respectivement le caractère fragmentaire ou unitaire des textes homériques, mais aussi „l’atmosphère” qui y est évoquée. Malgré tous leurs « défauts », les deux livres ont fondé la philologie moderne, sous l’aspect de la discipline qu’on peut appeler depuis, „hémérologie”.

Ce qui nous intéresse ici est le fait que les recherches de détail sur le texte  homérique  mettent en évidence une langue exclusivement poétique qui n’a jamais été attestée dans aucune communauté de locuteurs. Cette langue idéale – „la langue homérique” ou „la langue des textes homériques” – est caractérisée par la présence des archaïsmes et des éléments régional-populaires ioniques et éoliques. Les éléments relevant des realia peints dans cet idiome spécial, suggèrent un monde archaïque, peuplé par des bergers, des navigateurs, des guerriers, des agriculteurs, avec un mode de vie près des rythmes de la nature et légiféré par des traditions ancestrales, des coutumes et des croyances religieuses. La vie des communautés en question est réglée par un certain code de l’honneur, du respect pour les dieux, la famille, par la soumission envers les dirigeants militaro-religieux et politico-administratifs, par l’attention accordée aux étrangers qui viennent avec de bonnes intentions.

La conséquence directe de ces constats a été une longue tradition des traductions dans les variantes archaïques et populaires des langues modernes, variantes considérées plus appropriées pour la re-création „de l’atmosphère” homérique dans les cultures respectives.

  1. L’autochtonisation des textes homériques dans les versions du monde moderne

7.1. La première raison de ces équivalences dans les variantes archaïques - populaires a été celle de l’inexistence, ou, en tout cas, du manque de confiance des traducteurs dans l’existence d’une variante littéraire assez riche, flexible et mature de leur langue. Evidemment, l’idée du monde homérique vu comme un monde primitif, de bergers et de guerriers rustres, justifie une fois de plus ces options lexico-grammaticales et stylistiques. C’est ainsi que George Chapman explique le choix de la variante vernaculaire de l’anglais dans laquelle il a traduit l’Iliade et L’Odyssée. Le concept de „naturalization” reprend, en bonne mesure, le sens du terme latin translatio.

Le problème a été que toutes les versions anglaises ultérieures doivent énormément à cette conception. C’est seulement en 1956 que paraît une édition académique épurée d’éléments archaïques, ruraux, de lexèmes et de structures non canoniques, de formes rares et de créations personnelles. Mais il y a eu des voix qui ont soutenu que celle-ci (tout comme d’autres qui ont suivi son exemple) a une utilité limitée au cercle des philologues classiques du milieu universitaire.

7.2. Le Romantisme a renforcé une fois de plus l’orientation vers les niveaux et les registres des langues vernaculaires, dans le contexte où l’idéologie culturelle louait le trésor de pensée et de ressentir caché dans les profondeurs archaïques et populaires des langues nationales. Dans ce contexte s’affirme les traductions de J.-Fr. Voss, en allemand, ou de C.A. Aristia et I. Caragiani, en roumain, tout comme d’autres traductions en toute l’Europe de l’époque - le XIXème siècle.

7.3. Dans les pays des Balkans et, en général, dans les pays où le fonds mytho-folklorique a été conservé jusqu’au XXème siècle, les adaptations de contenu et de forme ont été encore plus marquées. Les créations appartenant au folklore littéraire, musical etc., avec un fonds mythologique ancien, souvent avec des réminiscences de motifs homériques, se sont proliférées en parallèle avec la naissance tardive des langues littéraires, tant dans la variante standardisée, normée, supra-dialectale, que dans la variante fonctionnelle littéraire. Les traducteurs balkaniques, scandinaves, ibériques, slaves et orientaux ont été attirés par des équivalences qui font appel aux termes des anciens contes de fées et des légendes nationales, des anciens textes religieux et des chroniques littéraires – historiques.

Ce phénomène a été renforcé également par le fait que dans certaines zones des Balkans, comme par exemple en Serbie, en Macédoine, en Albanie, ont survécu jusqu’il y a quelques décennies les derniers aèdes de type homérique du monde, des bardes populaires capables de réciter des balades de dimensions impressionnantes (entre 1000 et 6000 de vers).

7.4. Le phénomène de l’autochtonisation se manifeste sous une multitude de de formes.

7.4.1. L’entier système référentiel des divinités du Panthéon grec est rendu non seulement par des formes latinisées, adaptées à la phono-morphologique des langues modernes en question, mais aussi par des équivalences du fonds mythologico-chrétien de la culture moderne:

- Zeus / Jupiter est Dieu ou, tout au plus, Doamne; Mărite Doamne;

- Les dieux ayant des attributions pratiques, comme Héphaïstos / Vulcanus etc. sont appelés Fierarul / Le Forgeron, Zorilă / Sirius, Gerilă / Le Froid;

- Divinités mineures (néréides, nymphes, etc.) ont comme correspondants des personnages comparables du mytho-folklore local: L’Aurore avec des doigts roses devient Zâna Zorilor / La Fée des Aubes ; la nymphe Calypso devient Zâna Zânelor / La Fée des Fées (ce qui coïncide avec le gr. Δία Θεᾶων), et même Ileana Cosânzeana.

7.4.2. La terminologie des hiérarchies militaires, civiles, religieuses, tout comme des espaces qui leur correspondent, est adaptée de la même manière:

- Les βασιλέος grecs, les stratèges militaires, les sages des cours princières, les officiants des rituels religieux sont appelés: Înălțate Împărate, Măria Ta, voievozi, domnitori, sfetnici, Moşule dragă etc., et les cités sont appelées împărăţii, les temples – des églises.

7.4.3. Les formules d’adresse, civiles et rituelles, y sont également adaptées, comme nous l’avons déjà vu : à Înălțate Împărate, Mărite Doamne, Preacinstiţi sfetnici et comandanţi, Moşule dragă, Fiule, Frate etc., on ajoute : Doamne-ajută! / Que Dieux nous protège !, Domnul fie cu noi! / Que Dieu soit avec nous !; [Bună să-ţi fie inima] etc.

7.4.4. Les expressions et les locutions caractéristiques au génie interne de toute langue reprennent celles du grec homérique:

Ian te uită; veni măre; avan; abraş; dete roată; prinse a vorbi/a sudui; ţine-ţi vorba; huideo etc.

7.4.5. Les éléments de realia sont rapportés à l’univers rural national: laviţă, lăicer, pled  etc.

  1. Les rigueurs des équivalences et la grammaire contrastif-typologique

8.1. Tout traducteur et tout philologue sait que certains domaines du lexique sont extrêmement  difficiles à rendre de manière fidèle dans une autre langue. Les appellations des plantes, animaux, oiseaux, poissons constituent des exemples de tels domaines, car ils sont extrêmement mobiles et polyvalentes, même à l’intérieur d’une seule langue: le même référent peut avoir 4-5, voir plus d’appellations chez les locuteurs ou, au contraire, le même nom est donné à 4-5 espèces différentes). Les difficultés d’identification augmentent dans le processus de traduction en d’autres langues, notamment lorsque celles-ci représentent des zones géographiques différents et des époques historiques très éloignées dans le temps. Nous avons donné des exemples de ce phénomène par l’analyse des traductions roumaine d’Homère.

Il en est de même pour la terminologie anatomique, avec le champ sémantique des armes traditionnelles, des métaux, des objets de culte etc.

8.2. La grammaire contrastive typologique nous apprend que „le découpage des images de la réalité” est rendu de manière différente en diverses langues: en roumain, le fusil se met „à l’œil”, tandis qu’en français se met au visage. Les Roumaine „font » une douche, tandis que les Français et les Anglais „la prennent” – fr. prendre un douche; engl. to take a shower.

Dans le cas de l’idiome homérique, même les réalités concrètes imposent des différences significatives d’expression. Les Achéens et les Troyens d’Homère ne „tiraient pas leurs sabres du fourreau”, car il n’y avait pas de fourreaux à l’époque et ils n’„attachaient” pas l’épée; les guerriers ainsi équipés „accrochaient” leurs épées à l’épaule, avec une bandoulière en cuir tressé. Aussi, les héros homériques n’„harnachaient» pas les chevaux, mais les „attelaient”, comme les bœufs, les ânes etc., car il n’y avait pas de *harnachements assez résistants à l’époque.

  1. Conclusions

Les poèmes homériques restent des chefs d’œuvre de la littérature universelle, en reflétant l’humanité dans son essence, mais ils accèdent à la connaissance et à la sensibilité des lecteurs modernes dans des formes qui leur assurent des résonnances connues, filtrées par l’esprit local, actualisées pour chaque génération de bénéficiaires de ces valeurs spirituelles.

 

BIBLIOGRAPHIE

  1. Sources
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Chapman's Homer: The Iliad. Ed. Allardyce Nicoll. Bollingen Series 41. Princeton: Princeton UP, 1998.

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    Homer, Iliada. Traducere în metru original de George Murnu. Studiu introductiv şi note de D. M. Pippidi. Ediţie definitivă. Bucureşti: Editura pentru Literatură Universală, 1967.
  • GMF2-I
    Homer, Iliada. Traducere în metru original de George Murnu. Ediţia a II-a, revizuită şi adăugită, cu un studiu introductiv nou, note, notă asupra ediţiei şi glosar de Liviu Franga, Bucureşti: Editura Fundaţiei Culturale, 1995.
  • Lisle-I

Homère, L’Iliade. Traduction de Leconte De Lisle. Nouvelle édition augmentée. Paris: Arvensa Éditions, 2014.

  • DS-I
    Homer, Iliada. Tradusă în hexametri, cu o postfaţă, bibliografie şi indici de Dan Sluşanschi şi ilustrată de Mihai Coşuleţu, Bucureşti: Editura Humanitas, 2012.

L’Odyssée

  • IC-O
    Odiseea. Batrachomyomachia - Războiul şoarecilor cu broaştele. Traducere în proză, note şi prezentări de Ioan Caragiani. Argument. Note asupra ediţiei de Ion Acsan, Bucureşti: Editura MondoRo, 2011. (Ed. I - Iași: H. Goldner, 1876)
  • Ch-O

Chapman's Homer: The Odyssey. Ed. Allardyce Nicoll. Bollingen Series 41. Princeton: Princeton UP, 2000.

  • EL-Or1
    Homer, Odiseea. [Traducere de Eugen Lovinescu. Text revizuit şi note de Traian Costa. Studiu introductiv şi indice de Mihai Nasta], Bucureşti: Editura pentru Literatură, 1963. (Ed. I: 1935)
  • GC-O
    Homer, Odiseea, vol. I-II. Traducere de George Coşbuc. Ediţie îngrijită de I. Sfetea şi Şt. Cazimir. Prefaţă de Şt. Cazimir. Bucureşti: Editura pentru Literatură, 1966. (Mss. 1916).
  • Lisle-O

Homère, Odyssée. Traduction de Leconte de Lisle. Paris: Le Livre De Poche Jeunesse, 1997.

  • EL-Or2
    Homer, Odiseea, Vol. I-II. Traducere de Eugen Lovinescu. Text revizuit şi note de Traian Costa. Prefaţă de Venera Antonescu, Bucureşti: Editura Tineretului, [1966].
  • GM-Od
    Homer, Odiseea. Traducere de George Murnu. Studiu introductiv şi note de D. M. Pippidi. Ediţie definitivă, Bucureşti: Editura Univers, 1971. (Ed. I: 1928)
  • GM-O
    Homer, Odissea. Traducere de George Murnu. Studiu introductiv şi note de Adrian Pârvulescu. Bucureşti: Editura Univers, 1979.
  • DS-O
    Homer, Odysseia. Traducere în hexametri de Dan Sluşanschi. Bucureşti: Editura Paideia, 2009.
  • DS-Or
    Homer, Odysseia. Traducere în hexametri, cu postfaţă, bibliografie şi indici de Dan Sluşanschi şi ilustrată de Dan Rădvan. Revizuiri şi completări de Octavian Gordon şi Francisca Băltăceanu. Bucureşti: Editura Humanitas, 2012.
  1. Références
  • Acsan, 1984
    ACSAN, Ion, 1984, Constelaţia corifeilor..., Bucureşti: Editura Cartea Românească.
  • Ameis/Hentze,1965
    AMEIS, Karl Friederich; HENTZE, Carl, 19654, Anhang zu Homers Ilias, Vol. I.-II, Amsterdam: De Gruyter.
  • Ameis/Hentze,1965
    AMEIS, Karl Friederich; HENTZE, Carl, 19654, Anhang zu Homers Odisee, Vol. I.-II, Amsterdam: De Gruyter.
  • Aristotel, Poetica
    ARISTOTEL, Poetica, ed. 1965. Traducere de D. M. Pippidi, Bucureşti: Editura Academiei.
  • Bailly

BAILLY, C.A., Dictionnaire grec-franҫais, Paris: Hachette, 1950.

  • Barlea – Bârlea, 2001
  1. Gh. Bârlea; R.-M. Bârlea, Lexicul românesc de origine franceză, Târgovişte: Editura Bibliotheca, 20012.
  • Bârlea, 2008
    BÂRLEA, Petre Gheorghe, 2008, Limba poveştilor populare româneşti, Bucureşti: Editura Academiei Române.
  • Bârlea, 2014
    BÂRLEA, Petre Gheorghe, Româna literară în fața poemelor homerice, in: BÂRLEA, Petre Gheorghe; Toma Felicia Raluca (coord.), 2014, Cultură și comunicare, Bucureşti: Editura Muzeul Literaturii Române, p. 27-31.
  • Bârlea, 2015a
  • BÂRLEA, Petre Gheorghe, „Autohtonizarea  textelor homerice în versiunile sud-est europene”,  in: Communication, Culture, Creation: New scientific paradigms, Editors: Virginia Popović, Ivana Janjić, Speranța Milancovici, Eugen Gagea, Arad/Novi Sad: „Vasile Goldis” University Press/Fondatia Europa,  2015, pp. 91-106.
  • Bârlea, 2015b

BÂRLEA, Petre Gheorghe, Ipostaze ale homerismului în literatura universală, in: Litere, XVI, 3, (180), Târgovişte, 2015, pp. 83-87.

  • Bârlea, 2015c

BÂRLEA, Petre Gheorghe, “Poemele homerice în veşminte româneşti. O analiză diacronică (I) -The Homeric poems in Romanian attire. A diachronic analysis (I)”, in: Diacronia. Revistă de lingvistică diacronică/Journal for diachronic linguistics, Iaşi, nr. 2, 17 iulie 2015, pp. 1-13/1-15.

  • Chantraine, 2009
    CHANTRAINE, Pierre, 2009, Dictionnaire étymologique de la grecque. Histoire des mots, Vol. I-II, Paris: Klincksieck.
  • Foucault, 1998

FOUCAULT, Michel, Ordinea discursului. Discurs despre discurs. Traducere de Ciprian Tudor, București: Eurosong & Book, 1998.

  • Kirk,1985-1993
    KIRK, Geoffrey (coord.), 1985-1993, The Iliad: A Commentary, Vol. I-VI, Cambridge: University Press.
  • Lascu, 1974
    LASCU, Nicolae, 1974, Clasicii anticii în România, Cluj: Editura Dacia.
  • Lord,1960

LORD, Albert, 1960,  The Singer of Tales, Massachusetts: Harvard University Press.

  • Lovinescu, 2012
    LOVINESCU, Eugen, 2012, O privire asupra clasicismului. Ediţie îngrijită, studiu introductiv, notă asupra ediţiei, note şi comentarii de Petre Gheorghe Bârlea, Bucureşti: Editura Muzeul Literaturii Române.
  • Marinescu-Himu & Piatkowski, 1972
    MARINESCU-HIMU, Maria; PIATKOWSKI, Adelina, 1972, Istoria literaturii eline, Bucureşti: Editura Ştiinţifică.
  • Meister, 1966
    MEISTER, Karl, 19662, Die homerische Kunstsprache, Darmstadt, Leipzig: Teubner.
  • Parry, 1971
    PARRY, Milman, 1971, The Making of Homeric Verse, in: The Collected Papers of Milman Parry by Adam M. Parry, Oxford: University Press.
  • Platon

Platon, Opere. Vol. IV. Ediție îngrijită de Petru Creția. București: Editura Științifică și Enciclopedică, 1983.

  • Risch, 1973
    RISCH, Ernest, 19732, Wortbildung der homerischen Sprache, Berlin – New York: De Gruyter & Co. Tome II: Syntaxe (1997).
  • Wace - Stubbings, 1963
    WACE, Alan John Bayard; STUBBINGS, Frour Henry, 1963, A Companion to Homer, London and Toronto: Mac Millan and Company.
  • Whitman, 1958
    WHITMAN, Cedric H., 1958, Homer and the Homeric Tradition, Cambridge Massachussets: Harvard University Press.