Signes, Discours et Société

Revue semestrielle en sciences humaines et sociales dédiée à l'analyse des Discours

Quand le non-dit n’est pas l’implicite : comment rendre visibles les silences dans le discours ?

Patricia von Münchow

Professeur des universités en sciences du langage
Université Paris Descartes - Sorbonne Paris Cité, EDA-EA 4071 (France)
pvmuenchow@noos.fr

Résumé

Dans cette contribution, il s’agit de montrer que le non-dit est un champ qui dépasse de loin celui de l’implicite et qui recouvre plusieurs types de réalités. Après avoir balisé les domaines respectifs du non-dit et de l’implicite, on s’efforce d’apporter une réponse à la question de savoir quels outils méthodologiques existent déjà en analyse du discours française et quels nouveaux procédés peuvent être envisagés pour saisir le non-dit. On propose un schéma qui permet de mieux comprendre la nature de ce qui a tendance à être dit, « peu dit » ou non dit dans le discours et fait ressortir l’intérêt des outils, anciens et nouveaux, pour la mise au jour du non-dit. On illustre les nouveaux outils par quelques exemples d’analyse, tirés essentiellement d’une étude contrastive de manuels scolaires d’histoire français et allemands et on mène une réflexion sur le rôle du non-dit dans le genre « manuel scolaire ». En conclusion, on met en place une classification des non-dits tels qu’on peut les inférer de la matérialité discursive et on précise quel type de non-dit correspond à l’implicite.

This paper shows that silence in discourse is a field that goes well beyond implicitness and comprises different kinds of phenomena. After having pointed out the differences between silence and implicitness, the author reviews a few methodological tools put forth by French Discourse Analysis in order to “grasp” silence and points out a variety of new procedures she has developed to this end. All of these tools are then integrated into a schematic representation of what is said, unsaid and “hardly said” within a community in order to come to a better understanding of the reasons why certain representations stay silent and others are explicit. The schema also points to the importance of the new methodological procedures put forth in the paper. These procedures are then illustrated by the analysis of a few excerpts mainly from a previous contrastive study on French and German history text books. Finally, the author reflects on the special role of silence in text books and outlines a classification of different types of silence, including implicitness.

Mots-clés

non-dit, implicite, analyse du discours française, analyse du discours contrastive, manuel d’histoire implicit meaning, silence, French discourse analysis, contrastive discourse analysis, history text book

Introduction

La discipline dans laquelle j’inscris mes travaux, l’analyse du discours française, a toujours eu pour objet d’accéder à des « évidences », « déjà-là », « préconstruits », « connaissances », « croyances », « imaginaires », « représentations ». Quel que soit le terme choisi par les différents chercheurs du domaine – en fonction de leurs convictions théoriques et la filiation dans laquelle ils s’inscrivent ou dont ils cherchent à se démarquer – il réfère, du moins partiellement, à du non-dit qui, souvent, relève d’un phénomène radicalement différent de ce que Grice (1975) appelle le sens « communiqué ». En effet, s’il est question d’implicite dans cette contribution, ce sera pour montrer que l’implicite n’est qu’une infime partie du non-dit dans le discours, non-dit qui est le véritable objet de ce propos.

Après avoir balisé les champs respectifs du non-dit et de l’implicite, il s’agira d’apporter une réponse à la question de savoir quels outils méthodologiques existent déjà et quels nouveaux procédés peuvent être envisagés pour saisir le non-dit. Je proposerai un schéma qui permettra de mieux comprendre la nature de ce qui a tendance à être dit, « peu dit » ou non dit dans le discours et fera ressortir l’intérêt des outils, anciens et nouveaux, pour la mise au jour du non-dit. Les nouveaux outils seront illustrés par quelques exemples d’analyse, tirés essentiellement d’une étude contrastive de manuels scolaires d’histoire français et allemands. Enfin je mènerai une réflexion sur le rôle du non-dit dans le genre « manuel scolaire » avant de conclure par la mise en place d’une classification des non-dits tels qu’on peut les inférer de la matérialité discursive. Cette classification permettra de préciser quel type de non-dit correspond à l’implicite.

1. Non-dit et implicite

Dans des publications antérieures (von Münchow 2013, par exemple), j’ai mis en avant les travaux de Teun van Dijk, qui expliquent particulièrement bien le non-dit en production et en compréhension. Il souligne en effet que ce qui n’est pas dit est présent dans les « modèles mentaux » qu’ont le locuteur et le récepteur du contexte social/générique/situationnel (2014 : 306-307). Ces modèles ont une dimension sociale et intersubjective (2009 : 4-6), mais ce qui façonne la production/interprétation est la façon dont chaque locuteur/récepteur interprète le contexte et non pas le contexte lui-même. Dans chaque interaction le locuteur peut donc compter sur un « déjà-là » situé dans les modèles mentaux de son interlocuteur et n’exprimera explicitement qu’une partie de ce qui est nouveau (2014 : 306-307) :

[…] discourse meaning is strategically construed on the basis of socially shared generic knowledge and its application in the construction of situation models of events talked or written about.

The information in these models is much more detailed than the information actually expressed in text and talk or sentence structures. […] As a general rule, old or given knowledge in discourse tends to be implicit, presupposed, reduced (as in pronouns) and unstressed (as in initial sentence topics). And even much of the new knowledge conveyed by discourse need not be expressed but may be inferred from generic knowledge or old mental models in the construction of a current situation model that defines the subjective interpretation of recipients.

Thus, indeed, the metaphor of the iceberg is quite apt to describe the rather limited role of ‘visible’ or ‘hearable’ grammatical expression of knowledge in discourse: most of the old and even the new knowledge involved in text and talk remains invisible and implicit.

Cela explique comment il peut y avoir de la communication malgré une part importante de non-dit et j’adhère grosso modo à cette conception tout en préférant pour les deux niveaux à articuler la terminologie « représentations mentales »[1] et « représentations sociales »[2] (cf. von Münchow 2010). Mais la conception de l’implicite qu’on trouve chez van Dijk est problématique et effectivement contestée par beaucoup de chercheurs qui s’inscrivent dans le cadre de l’analyse du discours française. Van Dijk (2014 : 316) définit « l’information implicite » comme étant « all information in the situation model (and hence intended or understood) that is not expressed in the discourse ». On retrouve là une approche pragmatique du discours, car van Dijk limite le modèle situationnel à l’information « intentionnellement » transmise ou comprise. Il précise que l’implicite n’est pas tout ce qui peut être inféré d’une proposition, « which would include a vast number of possible implications a speaker would not ever entertain and a recipient would not and could not derive because they are irrelevant » (2014 : 281-282).

Mais ce qui intéresse généralement l’analyse du discours française est autre chose que ce qui est « dit à mots couverts » ou les « arrière-pensées entre les lignes » (Kerbrat-Orecchioni 1986 : 6). Ainsi Marie-Anne Paveau (2006 : 120) fait-elle une différence entre connaissances « implicites » et « tacites » en définissant ces dernières comme ce qui « n’est pas explicite et qui n’est pas destiné à l’être ». Il me semble en effet que pour saisir le non-dit dans toute son étendue, il faudrait élargir le périmètre des « modèles mentaux » de van Dijk vers ce qui n’est pas intentionnel.

C’est tout à fait l’envergure du non-dit qu’envisage Eni Orlandi (1994/1996). Dans une perspective résolument non logico-pragmatique, elle explique en effet non pas pourquoi la communication est possible malgré le non-dit, mais pourquoi elle est impossible sans non-dit. Selon Orlandi (1994/1996 : 57), l’implicite tel que le définit Ducrot (1972 : 18) implique que « la démarcation entre le dit et le non-dit est celle qui se fait entre signification ”attestée” et signification “exprimée” […] : le non-dit renvoie au dit. » C’est pour Orlandi (1994/96 : 57) une « exclusion de l’opacité du non-dit discursif ». Or ce qu’Orlandi appelle le « silenciement », la « mise en silence » ou encore la « politique du silence » « nous fait toucher une dimension du non-dit absolument distincte de celle que l’on étudie traditionnellement comme “implicite” » (p. 13). Pour elle, le non-dit « est moins de l’ordre de l’implicite (le non-dit qui peut se dire) que du non-dicible de la présence du sujet et du sens » (p. 59). En effet, le « silence constitutif » fait que « pour dire il faut ne pas dire » (p. 23) : choisir telle nomination rend (du moins localement) impossible telle autre nomination, par exemple. En effet,

on dit “x” pour ne pas (laisser) dire “y” […]. C’est par là que l’on “silencie” les sens que l’on évite, sens qui pourraient installer le travail significatif d’une “autre” formation discursive, d’une “autre” région du sens. Le silence trace ainsi les limites des formations discursives, et détermine, par conséquent, les limites du dire. (p. 62) [3]

En résumé, le rapport entre dit et non-dit n’est pas réductible à la complémentarité (Orlandi 1994/1996 : 22). Le non-dit n’est pas juste ce qu’un locuteur préfère faire comprendre sans le dire, d’un côté, et, de l’autre côté, ce par quoi un récepteur doit consciemment compléter le dit ou ce qu’il doit substituer au dit pour comprendre un énoncé (et qu’il peut compléter/substituer grâce à ses représentations mentales) : ce serait plutôt là la définition de l’implicite. Si l’on voulait articuler les réflexions d’Orlandi à celles de van Dijk, malgré leur cadre théorique radicalement différent, on pourrait dire que le non-dit c’est aussi, d’une part, ce que le locuteur n’a pas conscience de ne pas dire et que le récepteur n’a pas conscience de comprendre, autrement dit les « évidences », représentations si consensuelles qu’elles ne sont questionnées par personne, mais qu’on pourrait tout à fait situer dans les représentations mentales du locuteur et du récepteur. D’autre part, le non-dit, c’est aussi ce que le locuteur ne peut pas dire (explicitement) en même temps que ce qu’il dit par ailleurs, sous peine de produire un énoncé incohérent. Ce non-dit-là montre justement que les représentations mentales ne sont pas des reflets fidèles d’un ensemble de représentations sociales cohérentes, mais que les représentations mentales de chaque individu sont finalement (partiellement ou complètement, selon qu’on suppose un sujet acteur ou non) des interprétations singulières de représentations sociales dont plusieurs ensembles non nécessairement compatibles les uns avec les autres se font concurrence, ensembles dont la nature dépend de l’expérience de l’individu[4]. Même un sujet non-acteur, sans maîtrise sur son discours aurait donc cet « espace de singularité » là, espace constitué des « limites contradictoires des formations discursives différentes » (Orlandi 1994/1996 : 73). Orlandi situe les « processus d’identification du sujet » dans « les déplacements possibles […] à l’intérieur du rapport conjoncturel des formations », déplacements justement « travaillés dans et par le silence » (ibid.). La question est de savoir si le sujet n’est que cet « amalgame des positions hétérogènes entretissées » (ibid.) ou s’il a également un minimum d’« agency ».

On ne s’inscrira pas dans le débat sur la nature du sujet ici[5], mais on retiendra que le non-dit va bien au-delà de l’implicite, qu’il est multiple et que l’un des non-dits possibles « joue […] dans la configuration de l’unité textuelle, signifiant ce qu’il faut ne pas dire pour que le texte se ferme autour d’une cohérence » (Orlandi 1994/1996 : 85). On se situe ici à l’opposé d’une perspective logico-pragmatique dans laquelle le non-dit complète le dit pour annuler l’absurde : si certains non-dits ne sont pas dits, c’est justement pour assurer que le texte paraisse cohérent. Si les différentes représentations sociales que les locuteurs ont (plus ou moins) intégrées ne peuvent pas toutes être exprimées, c’est donc, entre autres, parce qu’elles se contredisent (partiellement) les unes les autres. Mais ce n’est pas pour autant qu’on réussit à les faire taire complètement. Si le non-dit n’est pas « directement observable » (Orlandi 1994/1996 : 31) il y a néanmoins des moyens de le rendre visible. C’est de ces moyens qu’on traitera dans les lignes à venir.

2. Outils méthodologiques en analyse du discours pour la mise au jour du non-dit

Sous l’influence de L. Althusser, l’analyse du discours française s’est placée dès ses débuts dans une perspective de recherche d’« évidences » ou de « déjà-là » (Pêcheux). Le « préconstruit », élaboré par Paul Henry et Michel Pêcheux comme alternative à la « présupposition » qu’avait commencé à travailler Oswald Ducrot au début des années 1970 dans une perspective logico-pragmatique (Maldidier 1993 : 113), est défini par Pêcheux comme « ce qui renvoie à une construction antérieure, extérieure, en tout cas indépendante, par opposition à ce qui est “construit” par l’énoncé » (1975 : 193). Henry et Pêcheux voient dans des structures de détermination, dans les relatives, etc. « les traces de constructions antérieures, d’éléments discursifs déjà-là dont on a oublié l’énonciateur » (Maldidier 1993 : 114). Le préconstruit renvoie à du discursif déjà su. Cette « réinscription, toujours dissimulée, dans l’intradiscours, des éléments de l’interdiscours, “la présence d’un ‘non-dit’ traversant le ‘dit’ sans frontière repérable” (formule manuscrite [de Pêcheux] de 1982) » allait devenir centrale en analyse du discours française à partir des années 1980 (ibid.). Patrick Sériot reprend en 1982 le travail sur les marques linguistiques du préconstruit, réflexion qui a été suivie par une série d’autres travaux mettant au jour les manifestations de l’interdiscours dans l’intradiscours[6]. On peut mentionner dans cette perspective notamment les travaux sur l’hétérogénéité énonciative de Jacqueline Authier-Revuz (1995, par exemple), mais aussi tout ce qui concerne la notion de dialogisme de Bakhtine[7].

Marie-Anne Paveau (2006), qui place son approche dans un cadre socio-discursif – en suivant en cela le « tournant cognitif » qu’elle constate plus largement en analyse du discours depuis les années 2000 (Paveau 2007 : 2) – met en place la notion de « prédiscours », apparentée à mais distincte de celle de « préconstruit » (2006 : 126-128). Paveau (2006 : 118) définit les prédiscours comme « un ensemble de cadres prédiscursifs collectifs (savoirs, croyances, pratiques), qui donnent des instructions pour la production et l’interprétation du sens en discours ». « [A]ntérieurs collectifs de tous les locuteurs d’un groupe ou d’une communauté » (ibid.), les prédiscours sont intersubjectifs, mais échappent aux locuteurs en tant que tels puisque ces derniers croient être eux-mêmes à l’origine du sens. Les prédiscours sont immatériels, tacites, mais également discursifs puisqu’ils laissent des marques (indirectes) dans la matérialité discursive (p. 119, 126). Ces « appels aux prédiscours » ou encore « signaux des prédiscours dans le discours » (p. 127) peuvent être regroupés en trois catégories : lignes discursives (étymologisme, lexicologisme, lexicographisme, appel à la sagesse collective, appel aux pères, nom propre), mondes partagés (deixis encyclopédique, interrogation générique, modalité épistémique et évidentialité), organisateurs textuels-cognitifs (typologie, métaphore, antithèse).

Les appels aux prédiscours s’ajoutent aux marques du préconstruit dans l’inventaire d’outils que le chercheur peut mobiliser dans l’analyse du non-dit, mais il s’agit, là encore, de procédés exclusivement locaux. Par ailleurs, il me semble que tant qu’on part de marques « spécialisées » dans l’indexation du préconstruit ou dans l’appel aux prédiscours, on n’atteindra pas les non-dits les plus consensuels, les moins contestés, les moins conscients, les plus « évidents », si l’on veut. Bref, il me semble qu’il faut aller plus loin encore dans la réflexion méthodologique. Étant donné l’étendue du non-dit, clairement démontrée dans l’argumentation de van Dijk reproduite supra, il est en effet nécessaire, à mon sens, de dépasser la recherche de certaines catégories d’observables et de se concentrer sur l’observation, de s’interroger non plus sur la façon dont le non-dit est (indirectement) marqué, mais sur la façon dont le chercheur peut s’y prendre pour en remarquer les éléments qui vont l’intéresser. Autrement dit, il faut passer d’une centration sur le produit discursif à une centration sur l’analyste du discours.

Je proposerai ici trois démarches d’observation du non-dit qui seront ensuite illustrées à l’aide de quelques exemples d’analyses :

  • la recherche d’acteurs sociaux associés au domaine dont il est question (cf. van Leeuwen 2008 [8]) ;
  • la recherche « d’instabilités » (c’est-à-dire d’un décalage entre différentes représentations) à l’intérieur du corpus ;
  •  la comparaison.

La recherche d’acteurs sociaux associés au domaine dont il est question est un procédé mis en place de façon systématique par Theo van Leeuwen (2008) dans le cadre de la Critical Discourse Analysis. Quant à la recherche d’instabilités, elle s’est imposée à moi comme démarche au fil de mes travaux des quinze dernières années. Elle correspond tout à fait au sentiment d’Eni Orlandi (1994/1996 : 42) que le silence ne laisse pas de « marques formelles », mais seulement « des pistes, des traces » et que « [c]’est par des fissures, des ruptures, des failles qu’il se montre, fugacement ».

Enfin, la comparaison est le fondement même de l’approche que j’ai mise en place sous le nom d’« analyse du discours contrastive » (voir notamment von Münchow 2004, 2010). L’objet de cette dernière est en effet la comparaison de « cultures discursives », notion qui recouvre les manifestations/constructions discursives des représentations sociales circulant dans une communauté donnée sur les objets sociaux au sens large, d’une part, et sur les discours à tenir sur ces objets, d’autre part. Comme je le montrerai infra, la comparaison peut tout à fait constituer l’une des « méthodes (discursives) historiques, critiques, déconstructivistes » qu’Orlandi (ibid.) appelle de ses vœux pour la mise au jour du silence. Si l’analyste du discours doit en effet être suffisamment membre des communautés sous analyse pour pouvoir accéder au non-dit, autrement dit s’il doit savoir quelles représentations sociales circulent pour pouvoir les inférer lorsqu’elles sont non dites, la comparaison l’oblige également à prendre suffisamment de distance de chacune de ces communautés pour en entrevoir les évidences.

3. Une tentative de schématisation

Le tableau ci-dessous répertorie divers procédés d’analyse pouvant servir à la mise au jour de différents types de représentations sociales à l’intérieur d’une communauté qui se caractérisent par des degrés de marquage variables. Le non-dit se situe dans les extrémités du tableau, recouvrant des phénomènes aussi divers que les évidences, c’est-à-dire des représentations strictement non contestées, d’un côté, et ce qui est indicible dans la communauté, de l’autre.

Tableau 1. Types de représentations sociales, marquage linguistique et procédés d’analyse

 

Le tableau permet de bien comprendre l’intérêt de l’analyse du discours, qui, à l’opposé de l’analyse de contenu, permettant d’observer exclusivement ce qui est asserté (catégorie 3), donne accès aux représentations seulement indexées et non explicitement marquées dans le discours (catégories 2 et 4), autrement dit à ce qu’on pourrait appeler le « peu-dit ». Par l’intermédiaire des outils d’observation que je présente ici je pense pouvoir accéder également au « non-dit » à proprement parler (catégories 1 et 5). Enfin, seule une approche contrastive permet d’aborder aussi les représentations inexistantes dans une communauté.

4. Quelques exemples d’analyse

Les exemples d’analyse qui serviront à illustrer les procédés d’observation proposés sont principalement tirés d’une étude contrastive des chapitres traitant de la Première Guerre mondiale de onze manuels scolaires d’histoire récents français et allemands. Ces ouvrages sont utilisés dans des classes de quatrième, troisième et seconde (von Münchow 2013). Accessoirement, on aura aussi recours à des extraits d’un travail sur des guides parentaux français et allemands (von Münchow 2011).

4.1. Recherche d’acteurs associés

T. van Leeuwen (2008) propose une étude systématique de la présence ou au contraire du « backgrounding », voire de la « suppression » d’acteurs sociaux dans le texte. Les acteurs qui sont « mis en arrière-fond » ne sont pas mentionnés en relation avec une action sociale donnée, mais apparaissent ailleurs dans le texte et peuvent donc facilement être inférés, alors que les acteurs « supprimés » sont « radicalement exclus » du texte (p. 29). Leur restitution, peut-on ajouter, dépend tout entièrement de la mobilisation des représentations mentales du récepteur. Dans les extraits suivants d’un manuel d’histoire français, par exemple, plusieurs moyens différents sont employés pour « mettre en arrière-fond » les États-nations comme acteurs : passifs, syntagmes nominaux dont le référent est non humain (« La guerre » par exemple, ou son anaphorique « Elle », « le front », « les grandes offensives »…) ou l’impersonnel « On » en position sujet et donc d’agent, syntagmes nominaux au pluriel (« les armées », « [l]es États »…).

La guerre en Europe est déclenchée durant l’été 1914 et dure jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918.

Elle oppose les puissances de l’Entente (France, Royaume-Uni, Russie, Serbie) aux puissances centrales

(Autriche, Allemagne), auxquelles vont progressivement se joindre d’autres puissances. (IVERNEL

Martin et Benjamin Villemagne (dir) (2012), Histoire Géographie 3e, Paris, Hatier, p. 38)

 

À partir de l’automne de 1914, sur le front ouest, les armées s’enterrent face à face dans des tranchées protégées par des barbelés et des mines. Pendant trois ans, le front bouge peu. Les grandes offensives pour le percer (Verdun, la Somme), très meurtrières, se soldent par des échecs. Mais sur le front est, les armées des puissances centrales avancent régulièrement. […]

Pour répondre aux commandes des États, de nombreuses usines se reconvertissent dans la production d’armes. On y emploie des femmes ou des travailleurs des colonies. […]

Les civils souffrent de la guerre. Ils pleurent la mort des soldats ou attendent de leurs nouvelles dans l’angoisse. Les pénuries alimentaires et la hausse des prix rendent la vie quotidienne très difficile. En Belgique et dans le nord de la France, les habitants doivent supporter le poids de l’occupation : indemnités de guerre, réquisitions et travail forcé […]. Ceux qui cherchent à résister sont exécutés. (p. 44)

Aucun gentilé n’apparaît dans ces passages et les noms de pays n’y figurent qu’entre parenthèses ou, dans l’avant-dernière phrase, dans un circonstant de lieu. Le « backgrounding » est en effet particulièrement « visible » dans les deux dernières phrases du deuxième extrait : la nominalisation « occupation » efface l’acteur, de même que la liste qui suit et la phrase à la voix passive qui clôt l’extrait. Mais quelle représentation est-ce que ce « backgrounding » véhicule ? L’élève est-il censé apprendre que la Première Guerre mondiale était une sorte de catastrophe naturelle sans responsables ? C’est difficile à croire. Il s’agit sans doute plutôt de comprendre qu’aujourd’hui, dans le discours, on ne mentionne pas les acteurs de cette guerre, du moins lorsqu’il s’agit d’États de l’Union Européenne, désormais amis (on constate que « sur le front est », « les armées des puissances centrales » sont tout à fait acteurs, même si, là non plus, on ne relève aucun gentilé ou nom de pays). Autrement dit, ce qui est véhiculé ici est sans doute moins une représentation sur la guerre en tant qu’objet social que sur le discours à tenir sur la guerre : dans la logique de la perspective européenne qu’on s’efforce d’adopter, un discours d’attribution de la responsabilité pour la Première Guerre mondiale à un ou plusieurs États membres de l’actuelle Union européenne est désormais devenu impossible dans les manuels d’histoire français (catégorie 5 dans le tableau), raison pour laquelle les acteurs sont « cachés », sans doute plus ou moins consciemment, par les auteurs des manuels. Le « backgrounding » n’est pas ici une façon de véhiculer de l’information de façon implicite, mais bien de cacher des acteurs qu’on ne découvre que si on les cherche activement.

4.2. Recherche d’instabilités au niveau intratextuel

L’effort de cacher les acteurs de la guerre est probablement trop grand pour pouvoir être poursuivi tout au long du manuel en question. En effet, en de rares occasions, certains d’entre eux sont explicitement mentionnés :

À partir de la fin de 1914, sur le front ouest, les deux armées ennemies sont enterrées face à face dans des tranchées. Le 21 février 1916, les Allemands lancent une grande offensive à Verdun pour tenter de percer le front. […] (p. 40)

Que signifie la cohabitation dans un même texte de ces deux représentations pourtant incompatibles ? Il pourrait s’agir d’un auteur au sens plein du terme qui aurait des représentations allant à l’encontre de celles qui circulent plus largement dans sa communauté. Si l’on considère, au contraire, que toutes les représentations mentales ont une origine sociale, le décalage constaté pourrait être dû au fait que l’individu subit toujours les représentations – pas toujours compatibles – de plusieurs groupes en même temps[9]. Enfin, il peut aussi s’agir d’un décalage entre représentations sociales sur les objets et sur le discours à tenir sur ces objets ou encore, ce qui est plus ou moins la même chose, de représentations en évolution, dont plusieurs stades chronologiques coexistent encore.

En l’occurrence, puisqu’on retrouve dans tous les manuels du corpus le même décalage entre deux types de représentations concernant les acteurs de la guerre, on a sans doute affaire à la dernière des trois hypothèses. Dans tous les cas, l’instabilité à l’intérieur du texte fait ressortir encore plus le non-dit qui caractérise une partie de ce texte. En l’occurrence, on l’avait déjà « attrapé » par l’intermédiaire de la recherche d’acteurs sociaux qu’il est toujours utile d’effectuer. Mais un bref extrait d’analyse portant sur un corpus de guides parentaux (von Münchow 2011 : 17-18) montrera que l’instabilité peut aussi être le principal, voire le seul moyen permettant de déceler le non-dit (ou le peu-dit). Dans l’énoncé suivant, le fait de référer à la lectricemère par le déictique « vous » et au père par le syntagme « son père » implique que seule la mère, mais non le père, est le destinataire de l’ouvrage en question :

Vous allez voir d’ailleurs. Bébé a faim, il tète ; si vous le caressez, il s’arrête de téter […]. Ou bien : son père parle doucement au bébé, « areu… gligli… » […]. (PERNOUD Laurence (1956/2004), J’élève mon enfant, Paris, Horay, p. 178-179)

On a ici un exemple de ce qu’on peut inférer (avec certitude) d’un énoncé, mais dont van Dijk (voir supra) dirait sans doute que ce n’est pas intentionnellement communiqué par le producteur ni compris comme tel par le récepteur. Or il peut être tout à fait intéressant pour l’analyste de relever cette représentation. Et l’instabilité à l’intérieur du texte peut justement faire en sorte qu’il remarque ce qui est si faiblement marqué. En effet, dans la préface du même guide parental l’auteur affirme ceci :

C’est ensemble que les parents vont partager les joies et les soucis, mais aussi les tâches matérielles. C’est donc au père et à la mère que je m’adresse. (p. 18)

Là encore se rencontrent sans doute, vu la récurrence de cette instabilité dans le corpus de guides parentaux, des représentations sociales récentes et plus anciennes ou encore des représentations sur un objet social, d’un côté, et sur le discours à tenir sur cet objet, de l’autre. Il semble normal que la représentation plus ancienne – qui n’est plus « bonne à dire » (catégorie 4) – soit « peu dite » (ou « indexée » seulement) alors que la représentation plus récente est l’objet d’une assertion avec focalisation (catégorie 3). Le fait qu’elle soit exprimée d’une façon on ne peut plus explicite montre justement qu’elle n’est pas encore dominante, mais peut-être en voie de le devenir.

Dans l’ensemble il s’avère en tout cas que s’il arrive bien (souvent) qu’un locuteur dise une chose et son contraire, il ne le fait généralement pas « explicitement », de façon clairement marquée, ni même implicitement, suggérant au récepteur de chercher du sens « entre les lignes », mais seulement de manière peu ou non marquée et sans doute non intentionnelle. Alors que « l’implicite », dans une conception logicopragmatique du non-dit, est une sorte de remède à la contradiction – il permet de « résoudre » une apparente contradiction et de la transformer en un énoncé logique – le non-dit ou le peu-dit tel qu’il est analysé ci-dessus est la condition d’existence dans le discours ordinaire de l’hétérogénéité ou de la contradiction.

4.3. Comparaison

L’instabilité intratextuelle ne peut pas être un moyen pour débusquer des non-dits qui le sont parce qu’ils relèvent de l’évidence à l’intérieur d’une communauté. Ces représentations-là ne sont en effet pas concurrencées par d’autres représentations. Seule la comparaison de différents corpus peut alors aider. C’est un extrait de l’analyse d’un manuel d’histoire allemand (voir von Münchow 2013) qui permettra d’illustrer ce procédé :

Hurra es herrscht Krieg!

Der Kriegsausbruch im August 1914 beendete eine längere Friedensphase in Europa. Aber: Kein lähmendes Entsetzen erfasste die Menschen, sondern es breitete sich eine große Kriegsbegeisterung aus, vor allem in bürgerlichen Kreisen. Hier war die Bereitschaft junger Männer, sich als Kriegsfreiwillige zu melden, besonders groß. Niedergedrückt war zunächst die Stimmung in der großstädtischen Arbeiterschaft; das änderte sich allerdings auch hier, als Mitte August die ersten Siegmeldungen eintrafen. (LENDZIAN Hans-Jürgen et Wolfgang Mattes (dir) (2005), Zeiten und Menschen 3, Paderborn, Schöningh, p. 194)

[Hourra, c’est la guerre !

Le déclenchement de la guerre en août 1914 mit fin à une période de paix relativement longue en Europe. Mais : Ce n’est pas une épouvante paralysante qui saisit les gens, mais un grand enthousiasme pour la guerre, surtout dans des cercles bourgeois. C’est là que la volonté de jeunes hommes de se faire enregistrer comme volontaires pour partir à la guerre était particulièrement grande. L’ambiance était d’abord à l’abattement dans la communauté ouvrière des grandes villes, mais cela changea là aussi lorsque tombèrent les premières nouvelles de victoire à la mi-août.]

Jusqu’à l’énoncé « Niedergedrückt war zunächst die Stimmung in der großstädtischen Arbeiterschaft » (« L’ambiance était d’abord à l’abattement dans la communauté ouvrière des grandes villes »), on ne sait pas à quelle entité géographique et/ou politique réfère le texte. Il pourrait s’agir de tout le continent puisqu’il est question de paix en Europe, mais cette hypothèse est infirmée par l’énoncé suivant : « das änderte sich allerdings auch hier, als Mitte August die ersten Siegmeldungen eintrafen » (« mais cela changea là aussi lorsque tombèrent les premières nouvelles de victoire à la mi-août »). On comprend alors que le texte réfère uniquement à l’Allemagne puisque c’est elle qui remportait des victoires en août 1914.

À mon sens, le fait que dans ce manuel allemand – et c’est le cas aussi de tous les autres ouvrages du même pays que comporte le corpus – on parle toujours de l’Allemagne, sauf indication contraire, autrement dit que l’Allemagne est le référent « naturel » de tout propos n’est absolument pas un message que les auteurs voudraient voir décodé ni même une représentation dont ils sont conscients. Il ne s’agit pas d’implicite, même si on peut par ailleurs relever de l’implicite dans cette section : le récepteur est sûrement censé comprendre que l’énoncé en titre (« Hurra, es herrscht Krieg! » [« Hourra, c’est la guerre ! »]) est à attribuer au citoyen de 1914 et non aux auteurs du manuel[10]. Mais le non-dit n’est pas non plus ici un silence « nécessaire » pour que le propos ait un minimum de cohérence ni une représentation cachée parce qu’indicible (ne devant pas être dite). Il s’agit plutôt d’un non-dit par impossibilité de dire, ou par évidence. De représentations si anciennes qu’on ignore les avoir acquises et les détenir.

Or, contrairement à ce qui est délibérément caché et qui semble toujours finir par ressortir, ce qui n’est pas caché par le locuteur, mais plutôt au locuteur (par l’idéologie, si l’on suit la terminologie d’Althusser) est apparemment bien caché. Mais dans ce cas, comment mettre au jour ce qui n’est même pas marqué de façon très indirecte ? C’est la comparaison qui permet de parvenir à cette fin : en l’occurrence, c’est le contraste avec les manuels français adoptant une perspective résolument européenne qui a attiré mon attention sur l’évidence de l’Allemagne comme référent dans les manuels allemands.

5. Le non-dit dans le genre « manuel scolaire »

Le non-dit tel qu’on l’a exploré est partout, dans tous les genres discursifs, mais on peut supposer qu’il n’a pas la même fonction ni le même effet selon les genres. On peut facilement étendre aux manuels scolaires ce que Sophie Moirand affirme au sujet du commentaire médiatique, qui « présuppose une forme de mémoire collective en même temps qu’il contribue à la construire » (2007 : 10), sans oublier le rôle consistant à « être un censeur de savoirs qu’on “oublie”, volontairement ou non, de “faire remonter” » (2007 : 11). Mais à quel point le locuteur peut-il présupposer une mémoire collective, ou, si l’on veut, la connaissance de représentations sociales, chez un public aussi jeune ? Les élèves comprendront-ils, par exemple, qu’ils sont censés adopter un « discours sans acteurs » au sujet de la Première Guerre mondiale ? Ou comprendront-ils plutôt que ce fut une sorte de catastrophe naturelle, un destin à subir ? Seront-ils capables de restituer les acteurs « mis en arrière-fond » ? Ont-ils déjà acquis une connaissance suffisante des représentations sociales en circulation dans leur communauté pour cela ? Comprennent-ils à quel point l’apprentissage en histoire consiste à adopter le « bon » discours à tenir sur un événement ? Ce type d’apprentissage ne privilégie-t-il pas de façon outrancière ceux parmi les élèves dont la socialisation en dehors de l’École ressemble le plus à celle qui est mise en place à l’École ?

Mais le non-dit ne constitue sans doute pas seulement une difficulté pour l’apprentissage. On peut supposer qu’il provoque un certain type d’apprentissage impossible à accomplir par l’intermédiaire d’informations explicites (et qui peuvent donc être contestées). Le fait de ne jamais dire que le référent « naturel », par défaut, du manuel allemand est l’Allemagne contribue sans doute à construire l’évidence de cette représentation et par là même la communauté qui est présupposée.

On constate en tout cas que la part du non-dit et, plus largement, du « curriculum caché » dans le genre éducatif que sont les manuels scolaires d’histoire est considérable. Sans que ce ne soit sans doute son intention, l’École semble se reposer largement sur une mémoire collective qu’elle est pourtant censée construire d’abord et lorsqu’elle s’engage dans cette construction, elle provoque des apprentissages en grande partie ni intentionnels ni conscients (Schugurensky 2007).

Conclusion

À l’issue de la démarche, il semble avéré que le non-dit couvre des phénomènes bien au-delà de l’implicite. Le non-dit peut être intentionnel ou non intentionnel, mais même le non-dit intentionnel ne relève pas toujours de l’implicite (devant être lu « entre les lignes »). Or s’il faut dépasser la recherche de représentations intentionnellement mobilisées par le producteur (van Dijk), il est nécessaire aussi, dans une démarche d’analyse, d’aller au-delà de celles qui entrent en jeu lors de la compréhension « ordinaire ». Cependant, dans l’infinité du non-dit tel qu’il est expliqué par van Dijk, tout n’est pas pertinent non plus pour l’analyste du discours. On peut, il me semble, distinguer quatre catégories de non-dit, allant du plus intentionnel au moins intentionnel, dont seule la première correspond à l’implicite et dont la troisième, qui est sans doute la catégorie qui regroupe le plus d’occurrences, n’est pas pertinente (raison pour laquelle on ne l’a pas abordée dans cette contribution). Ainsi le non-dit recouvre :

  1. ce qu’il est préférable de ne pas dire « en toutes lettres », pour toutes sortes de raisons ;
  2. ce qu’il est nécessaire de taire (consciemment ou inconsciemment) pour ne pas contredire ce qu’on a décidé plus ou moins consciemment de dire ;
  3. ce qu’il est inutile de dire (savoirs antérieurs partagés)[11] ;
  4. ce qu’il est impossible de dire (les évidences dont on n’est pas conscient).

On a donc essentiellement montré ici comment mettre au jour les non-dits des types 2 et 4, toujours à l’aide de marques linguistiques, mais en se concentrant sur des procédés d’observation et non sur les observables. S’il y a donc toujours des marques, ce ne sont jamais (ou rarement) des marques spécialisées dans l’indication du non-dit et ce n’est pas toujours dans le contexte immédiat du non-dit ni même dans le texte lui-même qu’on les relève.

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[1] Je définis les « représentations mentales », avec J.-B. Grize (1996 : 63), « d’une façon toute naïve, comme ce qui est “dans la tête” de ceux qui communiquent ».

[2] Selon Guimelli (1999 : 63), les représentations sociales « recouvrent […] l’ensemble des croyances, des connaissances et des opinions qui sont produites et partagées par les individus d’un même groupe, à l’égard d’un objet social donné », ce à quoi j’ajoute les croyances, connaissances et opinions sur le discours à tenir à l’égard du même objet social. Je définis par ailleurs le mot « groupe » de façon très large, pouvant recouvrir des ensembles de tous niveaux, y compris national, voire international. Ainsi les « représentations sociales » englobent-elles ce qu’on appelle parfois « représentations culturelles ».

[3] « Formation discursive » est ici à entendre au sens que lui attribuent Haroche et al. (1971 : 102), à savoir ce qui détermine « ce qui peut et doit être dit […] à partir d’une position donnée dans une conjoncture donnée ».

[4] C’est là une conception qui me semble tout à fait compatible avec celle de Bernard Lahire (2013) lorsqu’il parle de « plis singuliers du social ».

[5] Mais on y reviendra infra (voir note 9), après avoir présenté quelques analyses. On ne traitera pas non plus ici de la nature exclusivement discursive ou non des représentations mentales. Voir Moirand 2007 à ce sujet.

[6] Pour une synthèse récente des travaux sur le préconstruit, voir Pordeus Ribeiro 2015 : 163-164.

[7] Pour un inventaire de marques de dialogisme, voir, par exemple, Brès 1998.

[8] En français, on pourra consulter van Leeuwen 2009.

[9] On aurait là un sujet qui n’est pas le maître de son discours, mais qui est néanmoins « singulier » au sens où il est la somme de déterminations sociales toujours inédites (Lahire 2013). À quelle conception du sujet faut-il adhérer ? L’analyse plus globale des manuels d’histoire que celle des quelques extraits présentée ici révèle que chaque manuel diffère des autres – très légèrement dans le sous-corpus français, très fortement parfois dans le sous-corpus allemand – mais pour pouvoir dire qu’il s’agit là de représentations originales qu’on ne trouverait que dans le manuel en question il faudrait avoir analysé la totalité des discours existant dans les communautés en question. À l’aide d’un repérage de ce qui est récurrent, d’un côté, et de ce qui ne l’est pas, de l’autre, je peux distinguer ce qui relève du social, d’une part, et ce qui relève du singulier à l’intérieur du corpus, d’autre part, mais je ne peux aller au-delà. Puisque les résultats de mon travail d’analyste ne me permettent donc pas de prendre position au sujet du débat sur un sujet acteur ou non-acteur, je préfère ne pas le faire, ne souhaitant pas m’engager dans la théorie sans le filet du (ou de) corpus.

[10] Plus précisément, il s’agit là d’un discours rapporté direct non marqué dont le locuteur rapporté est le citoyen de 1914.

[11] Il s’agit de savoirs aussi divers que le fait que pendant une guerre, ce sont des armées qui s’affrontent avec des armes, qu’on se protège des tirs de l’ennemi en s’abritant dans des tranchées auparavant creusées, que lorsqu’un auteur de guide parental dit « Bébé » cela signifie « votre Bébé », etc. La liste serait sans fin si l’on voulait inventorier ces savoirs ne serait-ce que pour les extraits présentés dans cette contribution.