Signes, Discours et Société

Revue semestrielle en sciences humaines et sociales dédiée à l'analyse des Discours

Le québécois et la notion d’imaginaire linguistique

Fatih Bouguerra

Chercheur, Docteur en linguistique et didactique
Université Jean Monnet, Saint-Étienne
fbouguerra@orange.fr

Résumé

Anne-Marie Houdebine indique une tâche au linguiste : celle de décrire des usages dans un cadre sociolinguistique nloigné d'une approche prescriptive. Pour ce faire, elle a mis au point un modèle synthétique susceptible d'aider à déceler les attitudes ou les types d’arguments sous-jacents aux assertions.En nous appuyant par ailleurs sur l'analyse interactionnelle de la subjectivité qu'a mise au point Kerbrat-Orecchioni, nous proposons d’analyser le québécois, une langue controversée qui cristallise des tensions entre norme et usage, standard et variété. Nous tenterons de montrer, à l’aune du modèle à la fois complexe et évolutif de l'Imaginaire Linguistique d’Houdebine, que réalité linguistique et croyances populaires ou médiatiques ne correspondent que de manière déformée. Les traces discursives mises en avant dans notre corpus montrent des attitudes ou des représentations qui valorisent ou sanctionnent l'usage de ce vernaculaire.

Mots-clés

imaginaire linguistique, analyse conversationnelle, sociolinguistique, québécois, variation, attitude, subjectivité.

Abstract

Anne-Marie Houdebine sets linguists with a very clear agenda : languages should be described in sociolinguistic terms and descriptions should avoid any form of prescriptivism. To do so, she created a sociolinguistic model that allows researchers to reveal the underlying attitudes and argument logic that underpins assertions. Studies should bring to light the representation a speaker calls upon when implicitly evaluating the language that he/she uses, or that others use. With the additional help of Kerbrat-Orecchioni’s approach to the analysis of subjectivity, we will study Quebecois, a linguistic variety which has been at the centre of tensions between norm and usage, standard and dialect. We will try to underline the disconnection between popular beliefs that also underpin media discourse and the linguistic reality on the ground. The “traces” we have gathered in our corpus seem to show a variety of attitudes and representations at work rather than a homogenous system.

Key-words

Linguistic imaginary, conversation analysis, sociolinguistic, Quebecois, variation, attitude, subjectivity.

« On ne peut vraiment connaître la
langue si l’on exclut les usages parlés »
(Blanche-Benveniste 1983 : 32)

La langue des Québécois a soulevé nombre de controverses par le passé et cela perdure. Les termes relevés aussi bien chez certains linguistes que dans des comptes rendus de voyageurs, de politiques ou encore dans des transcriptions d’échanges verbaux actuels reposent (évidemment) davantage sur des critères socioculturels que de véritables analyses de linguistique descriptive. Ces opinions ou attitudes face à la langue québécoise n’en demeurent pas moins importantes, parce qu’elles sont la marque de relations de pouvoir ou des tensions entre norme et variation. Partant des normes subjectives du modèle d’Anne-Marie Houdebine, nous montrerons que les critères à l’œuvre dans les jugements exprimés à propos du québécois procèdent plus particulièrement de deux sous-catégories : des normes prescriptives d’une part, car le québécois a été dénigré officiellement par des représentants politiques tout au long de son histoire, mais également des normes dites fictives, car repérables dans des discours esthétisants, affectifs et non étayés par un discours institutionnel. Par ailleurs, nous emprunterons à Kerbrat-Orecchioni le concept de subjectivème[1] qui sert à désigner les traces modales, les indices ou encore « les points d'ancrage les plus voyants de la subjectivité langagière » (1980 : 32).

C’est dans ce cadre nous nous proposons d’analyser les tensions qui caractérisent le français québécois : tensions entre normes et variations, entre langue dite standard et dialecte. Notre objectif est de montrer, à l’aune du modèle à la fois complexe et évolutif d’Houdebine, que réalité linguistique et croyances populaires, journalistiques ou littéraires ne correspondent que de manière déformée. Les enjeux argumentatifs que ces transcriptions historiques ou actuelles comportent peuvent permettre de mettre au jour des marqueurs (ou « traces ») renvoyant à l'imaginaire linguistique[2] des locuteurs. Les décrire, c'est tenter de montrer les traces de la subjectivité de l’énonciateur, alors qu'il/elle a l’impression de déclarer une vérité générale qui s'appuierait sur une norme objective. Ce travail s’appuie sur l’analyse d’un corpus de citations concernant la langue du Québec du XVIIème au XXIème siècle et principalement recueillies par Leclerc (1979). Ce corpus plus ancien est complété par un ensemble supplémentaire de témoignages contemporains et que nous avons nous-mêmes relevés.

1 Bref historique du québécois

Le peuplement du Canada français a commencé au XVIème siècle avec l’émigration en Nouvelle-France de 5000 colons français, puis au XVIIIème de 5000 nouveaux migrants. Un chiffre peu important, puisque la France comptait 25 millions d’habitants. Toutes les provinces de France ont apporté leur contribution au peuplement du Canada. Certaines provinces ont eu un plus grand rôle, comme la Normandie et l’Île-de-France, et en général les provinces de l’ouest grâce à la proximité des ports.

Qu’ils soient paysans, journaliers, artisans ou soldats, les premiers colons devaient être résistants : le gouverneur de 1663 recherchait « des Normands, Percherons, Picards du voisinage de Paris dociles et laborieux » (Le Tenneur, R. 1973 : 65).

Sous le régime français, la langue correspond au dialecte natal : le normand, le poitevin, le saintongeais, le berrichon, etc.  Même si le parler rappelle le dialecte normand, en raison de l’importance de ce groupe, le français d’Île-de-France a tout de suite été favorisé.

En réalité, les migrants ne se sont pas regroupés selon leur province d’origine car l’espace était restreint. De plus, le français était la langue de l’administration, de l’industrie, de l’Église, des voyageurs, de l’école, en bref une langue prestigieuse.

A la suite du traité de Paris en 1763, la conquête anglaise va bien évidemment avoir des conséquences linguistiques importantes. De 1775 à 1850, les loyalistes américains, puis plus tard les Irlandais[3] viennent grossir les rangs des colons. Le français, dans une communauté repliée sur elle-même, montre une réapparition des particularismes phonétiques et grammaticaux du XVIIème siècle ayant survécu à l’implantation du français commun. De plus, isolés de la métropole, les locuteurs n’ont pas connu les nombreuses transformations phonétiques et grammaticales ayant eu lieu après la Révolution avec l’émergence de la bourgeoisie. Par exemple au XVIIème siècle, le groupe de lettres 'oi' correspond à deux prononciations (ou réalisations) distinctes. Selon la norme aristocratique, on obtenait le son [we] ('moi' se disait [mwe], ou encore 'roi' [rwe]) alors que la prononciation populaire jugée grossière aboutissait au son [wa] ('moi' se disait dans ce cas [mwa] et 'roi' [rwa]) :

La plupart des parisiens prononcent ces mots comme roa, boa. Cette prononciation est fort irrégulière et elle n’est pas bonne à imiter car elle sent son homme grossier et paresseux qui ne daigne se contraindre en rien ni s’assujettir à la moindre règle (L’art de prononcer parfaitement la langue française, Jean Hindret, 1696).

D'emblée, nous touchons du doigt l'IL. En effet, l'attitude qu'on pourrait qualifier de prescriptive d'Hindret repose sur un argument d'autorité s'appuyant sur une norme idéale qui paraît immuable à cet auteur, alors qu'elle ne résiste pas à une comparaison diachronique. Une variété prestigieuse et haute au XVIIème siècle est devenue basse aujourd'hui.

Alors que les Canadiens parlaient une langue dite ‘pure’ à partir du XVIIIème siècle, la rupture ne vient donc pas de l’anglicisation, comme on pourrait le penser, mais d’une rupture politique et sociale entre deux territoires. L’anglicisation a été progressive et l’anglais sert de langue véhiculaire après 1763 :

Les classes riches appartiennent à la race anglaise. Bien que le français soit la langue presque universellement parlée, la plupart des journaux, les affiches, et jusqu’aux enseignes des marchands français sont en anglais (Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique Tome I 1835).

Avec l’industrialisation du XIXème siècle, l’anglicisation est totale. Entre 1945 et 1966, le Québec accueille 280 000 immigrants anglophones. Quelques résistances à l’anglais existent cependant. Les Québécois ruraux ont en général préféré garder les termes français pour désigner les objets qui les entouraient. Ils allaient jusqu’à franciser les mots anglais en les adaptant phonétiquement (de 1850 à 1950) :

Terme québécois Sens en français standard Origine anglaise
Bécosse

Draft

Ouaguine

Latrines extérieures

Bière pression

Chariot

Backhouse

Draught

Wagon

Les emprunts qui conservent leur forme source existent tout de même (par exemple, le terme wallet pour porte-feuille). En réalité, le Québec connaît une situation de diglossie[4] entre entre une variété basse (le français québécois vernaculaire) et une variété haute (le français standard international), auquel vient s’ajouter la prédominance de l’anglais. Comme le précise Lionel Meney, sociolinguiste canadien, sur son blog :

La confusion des domaines, en particulier l’emploi du vernaculaire dans des situations de communication publique professionnelles (langue des journalistes, etc.) ou solennelles (langue des animateurs de gala, etc.), est sanctionnée socialement comme le montrent les nombreuses réactions, souvent virulentes, à la langue des animateurs de radio, de télé, de soirées, etc. dans la presse […] Nous voyons que les critères de Schiffman s’appliquent presque intégralement à la situation du Québec. En fait, beaucoup de locuteurs québécois disposent potentiellement de trois systèmes linguistiques : l'anglais, le français (standard) et un système particulier, le français vernaculaire québécois […] (Meney, Lionel, décembre 2012, http://carnetdunlinguiste.blogspot.fr/2012/12/diglossie-2-le-cas-du-quebec.html).

On pourrait ainsi voir à la suite de cet historique[5] de l’évolution des langues parlées sur le sol canadien que l’unification linguistique s’est faite un siècle avant celle de la France. En outre, au Québec, nous sommes face à une situation de diglossie avec des locuteurs plurilingues dont les langues parlées sont soit valorisées, soit minorées par les autres locuteurs ou par eux-mêmes. Nous pouvons voir de plus que la langue est bien au Québec un lieu de tensions où la légitimité du locuteur et de sa capacité à la faire valoir est un enjeu. Certaines variétés intralinguales peuvent être sanctionnées (le québécois) ou valorisées (le français dit parisien). Quelle est la particularité qui crée une discrimination (au double sens de différenciation et d'éventuel rejet) du québécois en termes de réalisations ?

2 Phonèmes et réalisations du français québécois

Les réalisations particulières du français québécois que nous appelons communément ‘accent’ concernent certains phonèmes ainsi que des traits prosodiques particuliers. Nous donnons quelques critères saillants ci-dessous :

  • Une ouverture des voyelles [i], [y] et [u] en syllabe entravée,
  • Une conservation d’oppositions phonologiques de timbre [6] (vestige des longueurs du français parisien du XVII),
  • La diphtongaison comme mode de réalisation privilégiée pour la durée (ceci ne serait pas dû à une influence anglaise pour Jean-Denis Gendron)[7].

En ce qui concerne les consonnes, le phénomène très particulier que l’on peut relever de manière systématique est l’affrication du [t] en [ts] et du [d] en [dz] devant les voyelles [i] et [y]. En voici quelques exemples :

dur [dzyʀ] dictée [dzikte]
tuer [tsɥe] adieu [adzjø]
diable [dzjabl] tiroir [tsiʀwaʀ]

Il faut également mentionner l’élision de la deuxième consonne quand il y a deux consonnes en finale, phénomène que l’on retrouve dans le français dit populaire (table [tab], fantasque [fatas], fédéraliste [federalis]). En réalité, l’articulation de certaines voyelles et consonnes québécoises a ses racines dans d’anciennes tendances phonétiques françaises.

En résumé, les Québécois ont un système phonologique identique à celui du français standard et un système phonétique caractérisé par des formes archaïques ou archaïsantes que l’on peut retrouver en français régional ou populaire de France. Qu'en est-il des éventuelles différences rythmiques entre français dit standard et québécois ?

3 La prosodie du québécois

Le québécois fait un plus grand usage de la durée vocalique. Pour Gendron[8], la différence entre français standard et français québécois résiderait dans la répartition de l’effet articulatoire. Les voyelles seraient privilégiées en québécois :

Français québécois Français standard
Sur la table [sa:tab] [sylatabl]
Dans les mains [dɛ̃:mɛ̃] [dɑ̃lemɛ̃]
Tous les jours [twe:ʒuʀ] [tuleʒuʀ]

Le rythme est fonction de la répartition de l’énergie articulatoire, qui elle-même influence les longueurs syllabiques. L’accent tonique tombe sur la syllabe finale en français européen. Enfin, l’intonation des Québécois est plus monocorde.

On pourrait conclure avec cet auteur que quand on observe, même de manière très succincte comme ici, les traits phonétiques du québécois, on se rend compte qu’ils donnent à cette langue un aspect distinctif quand ils sont réunis alors que pris isolément, ils ne représentent que le résultat d’une rupture qui a duré un siècle et demi.

Après ce diagnostic (rapide), à la fois historique, phonétique et prosodique du québécois, nous nous intéresserons à l’imaginaire linguistique, dont nous faisons l’hypothèse que nos corpus gardent les traces. Que disent les Québécois et les francophones européens de leur langue en situation informelle ?

4 De la subjectivité dans le langage

Si l'on tente de découvrir les traces de l'inscription du sujet parlant, à l'image de C. Kerbrat-Orecchioni[9], on applique au texte (ou discours) l'appareillage conceptuel anglo-saxon et la linguistique de l'énonciation à la française. Tout discours contient des règles sous-jacentes qui correspondent à des marqueurs de l'expression de la subjectivité du sujet parlant :

Ces questions ne peuvent que hanter tout linguiste dans la mesure où l’activité langagière est avant tout une activité classificatoire : parler, c’est dénommer, donc classifier ; en énonçant « Passe-moi  ton stylo »,  j’étiquette « stylo », un objet individuel doté de caractéristiques propres. Je l’insère donc dans une classe d’objets découpés par la langue dans le continuum référentiel sur la base d’un certain nombre de propriétés communes à l’ensemble des membres de la classe (Kerbrat-Orecchioni, 2003).

Si le discours étiquette, il est de plus pris en charge avec assurance ou insécurité, autorité ou soumission. Kerbrat-Orecchioni nomme relationèmes les marqueurs discursifs qui indiquent une position haute ou basse liée à une forme de pouvoir (relation verticale) ou une distance plus ou moins grande (relation horizontale). Ces deux axes, horizontal et vertical, indiqueront respectivement le rapport de distance et le rapport de pouvoir. Quand le locuteur impose son vocabulaire, quand il dénigre par une suite d'adjectifs péjoratifs ou de substantifs une identité linguistique, il s'appuie sur des enjeux argumentatifs qui sont en réalité taxémiques[10]. Dans le même ordre d’idée, le locuteur peut également évaluer négativement la langue qu’il utilise et trahir une insécurité linguistique[11]. Une variété de langue parlée par une population pauvre ou dévalorisée incarne le symbole d’une infériorité sociale. Considérer sa propre langue comme « grossière » ou « vulgaire » engendre la peur de parler ou de laisser son accent transparaître. Parmi des dizaines d’exemples, on peut se rappeler que dans les années 1960, on punissait les écoliers qui parlaient breton, leur langue étant taxée péjorativement de « patois ». Enfin, la conscience de parler une variété dévalorisée peut au contraire engendrer une sur-affirmation identitaire de la part du locuteur.
Afin de tenter d'approcher l'imaginaire linguistique à reconstruire, nous pourrions ainsi distinguer données objectives (fréquence d'emploi d'un terme par exemple) et données subjectives (« grossièreté » de la langue québécoise). La relation verticale et l'affirmation d'une position haute pourra être perçue à travers la qualification de la langue[12]. Cette position est d'autant plus assise que l'écrit ne laisse aucune place à l'allocutaire. Passons donc au modèle de l’IL d’A.-M. Houdebine.

5 Le modèle de l’IL

Le modèle d’A-M. Houdebine apporte une synthèse susceptible de servir de crible pour analyser les commentaires métalinguistiques et métadiscursifs des locuteurs sur une langue, pour nous le québécois. En distinguant, parmi les types d’opinions émises, entre normes objectives et subjectives, l’auteure propose un outil opérationnel pour déceler les types d’arguments sous-jacents aux assertions, comme le rappelle Remysen, qui utilise le modèle de l'IL pour analyser des chroniques journalistiques :

Tout bien considéré, l’intérêt du modèle de l’IL ne réside pas tant dans son aspect innovateur que dans sa dimension synthétique. En effet, le modèle réunit, dans un seul cadre de référence, plusieurs dimensions susceptibles d’intervenir dans la construction du discours métalinguistique des locuteurs, d’où son intérêt (2011 : 14).

Remysen préfère d’ailleurs le terme d’argument à celui de norme, trop polysémique et renvoyant à des réalités sémantiques et conceptuelles variées et plurivoques. Le second intérêt du modèle réside dans le fait qu’il postule que les attitudes du locuteur sont « déterminées certes par la position du sujet dans la société, mais peut-être plus encore par la façon dont il se la représente » en tant qu’individu (Houdebine 1983 : 116). On peut représenter le modèle de l'IL révisé comme suit[13] :

1 NORMES OBJECTIVES 1982 DOMAINE DE LA LANGUE
COMME SYSTÈME
1.1 NORMES SYSTEMIQUES Relatives à la langue en tant que système, code structuré.
1.2 NORMES STATISTIQUES Relatives à la fréquence d'emploi
2 NORMES SUBJECTIVES 1978 DOMAINE DE L’IMAGINAIRE
LINGUISTIQUE
2.1 NORMES PRESCRIPTIVES Relatives à une autorité en termes de langue (prescription scolaire…).
2.2 NORMES FICTIVES Relatives à une esthétique, un historique, une morale
2.3 NORMES COMMUNICATIONNELLES Relatives à la langue en tant qu'instrument de communication adaptable au contexte.
2.4 NORMES EVALUATIVES Relatives à l'usage ou à la variation
2.4.1 auto-évaluatives Relatives au locuteur à propos de son propre discours
2.4.2 usages environnants Relatives au discours des autres locuteurs

Suivant le principe de l'application d'un modèle, nous pouvons utiliser ce tableau synthétique comme un prisme nous permettant de classer les occurrences que nous avons réunies. En l’occurrence, L'IL qui nous intéresse est à rechercher dans la nomenclature de la seconde partie du tableau qui résume les normes subjectives. Nous proposons de noter après chaque exemple un renvoi à l'entrée chiffrée pour faciliter la lecture de l'analyse[14].

6 Analyse du corpus

Nous avons utilisé des écrits remontant au XVIIème siècle, sous le régime français jusqu'à nos jours[15]. Ces écrits concernent le québécois comme langue et comportent de manière directe ou sous-jacente un jugement, une attitude que le modèle de l'IL peut nous aider à décrypter. Pour la commodité du propos, nous les analyserons dans l'ordre chronologique.

Au cours du siècle classique, Jean Hindret[16] qualifie la prononciation des Parisiens d’irrégulière et ces derniers de paresseux et vulgaires. Ce type de jugement indique une attitude prescriptive car Hindret s'appuie sur un argument d'autorité ainsi que sur des normes identitaires dans la mesure où l'auteur définit implicitement deux groupes : celui des Parisiens, « vulgaires », opposé à son groupe d'appartenance, celui qui prononce parfaitement la langue française (2.1).

Sous le régime français, Xavier Charlevoix met en avant des normes esthétiques, et donc fictives pour Houdebine, en arguant de la pureté de la langue québécoise : « Nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. On ne remarque même ici aucun accent » (Le Père P. F. Xavier Charlevoix, 1744). La référence à une forme de pureté originelle reste mythique pour toute linguistique descriptive. C'est bien d'un discours classificatoire que nous observons les signes (2.2).

Une décennie plus tard, le Marquis de Montcalm, Lieutenant général français ayant vécu au Canada, montre volontiers l'influence de normes à la fois statistiques et techniques[17] : « J’ai remarqué que les paysans canadiens parlent très bien le français et comme sans doute ils sont plus accoutumés à aller par eau que par terre, ils emploient volontiers les expressions prises de la marine » (). Nous avons affaire ici à un argument relatif à la fréquence d'emploi, étayé par une hypothèse contextuelle. La norme est objective dans la seconde partie de la citation (1.2).

Sous le régime anglais[18], au XIXème siècle, Théodore Pavie déclare que :

Ils [les Québécois] parlent un vieux français peu élégant. Leur prononciation épaisse, dénuée d’accentuation, ne ressemble pas mal à celle des Bas-Normands. En causant avec eux, on s’aperçoit vite qu’ils ont été séparés de nous avant l’époque où tout le monde en France s’est mis à écrire et à discuter (Pavie, 1850)

 Nous sommes en présence de normes subjectives, mais ici en référence aux normes communicationnelles. La langue est jugée en tant que langue de communication dévalorisée ('épaisse') qui se serait fossilisée car éloignée de l'écrit (2.3).

J.-F. Maurice Arnault Dudevant[19], peintre, romancier et élève de Delacroix, en visite au Québéc, affirme que :

Seulement on est frappé de la forme du langage qui semble arriéré d'une centaine d'années. Ceci n'a rien de désagréable car si les gens du peuple ont l'accent de nos provinces, en revanche, les gens du monde parlent un peu comme nos écrivains du XVIIIème siècle et cela m'a fait une telle  impression dès le premier jour qu'en fermant les yeux, je m'imaginais être transporté dans le passé et entendre causer des contemporains du Marquis de Montcalm (1862).

 Cette citation, qui présente de l’intérêt à plus d’un titre, fait référence au marquis cité plus haut. En premier lieu, Dudevant fait explicitement référence à l'imaginaire qui nous intéresse. De plus, elle est aisément classable dans les normes subjectives, plus précisément évaluatives. En effet, ce visiteur emploie des arguments relatifs à l'usage ou à la variation des locuteurs qu'il a observés (2.4.2).

Dans la citation suivante, Edmond de Nevers, économiste et essayiste québécois dévalorise explicitement la langue parlée au Québec en fustigeant clairement la langue anglaise, (déjà) accusée d'appauvrir le français en le contaminant :

Le langage que nous parlons est resté celui du XVIIème siècle en ce sens que notre vocabulaire est aussi limité qu’il y a 200 ans, et que nous sommes encore réduits aux 1600 mots dont seul se servait Racine. En France, la langue s’est enrichie en puisant à ses sources naturelles qui sont le grec et le latin, tandis que chez nous elle s’est appauvrie en empruntant à l’anglais des termes qui la défigurent et qui la rendent impuissante (L’avenir du peuple canadien-français, 1896).

De Nevers oppose deux influences qui relèvent de l'emprunt et les qualifie respectivement de riche (au grec et latin en France) ou de pauvre (à l’anglais au Québec). Nous serions, selon le modèle d'Houdebine, dans la catégorie des normes prescriptives. L'argument d'autorité et les références savantes assoiraient le discours de l'économiste et lui conféreraient une position haute d'expert (2.1).

Plus proche de nous au XXème siècle, Victor-Lévy Beaulieu défend le joual[20] dans les années 1970. Avant lui, dans les années 1960, André Larendeau stigmatise le joual en le décrivant comme une langue dégénérée, s'ensuit une querelle opposant face à face défenseurs identitaires du joual, qu'ils considèrent comme la langue québécoise, et protecteurs du français standard de France[21]. Beaulieu appartient à la première catégorie et  s'exprime ainsi :

J'vas donner ma définition du joual : pour moué, c'te langue là, ça comprend toute, même le français. Le joual, c'est tout c'qui peut s'dire au moment où j'le dis pis d'la façon que j'le dis […] toute définition aut' que celle-là, ça vaut pas de la marde, c'est du lichage de cul de mouche, pis d'la mathématique pour savoir combien c'est qu'tu peux assir d'anges au-dessus une tête d'épingle. Moué, ça m'intéresse pas (Le Québec presque libre, Cistre, 1976, p. 57).

Les jugements exprimés par Beaulieu appartiendraient à la catégorie subjective des normes communicationnelles (2.3). Il fait explicitement référence à des valeurs identitaires et culturelles en qualifiant sa langue de manière pragmatique (c'est celle qu'il parle) et en disqualifiant allègrement les analyses linguistiques normatives dont il se désintéresse et qu'il rejette.

Les normes évaluatives liées à l'usage ou à la variation apparaissent dans les deux citations suivantes respectivement de 1922 et de 1959. Jules Fournier, journaliste et essayiste québécois, rejette l'influence de l'anglais, en écho à de Nevers :

La langue française en ce pays souffre d’un certain nombre d’affections aiguës ou chroniques – surtout chroniques – telles que barbarismes, solécismes, anglicismes, provincialismes, rusticismes, plébéianismes, décadentismes, etc., dont la plus développée comme la plus pernicieuse est bien incontestablement l’anglicisme », (1922).

 

Ces normes évaluatives sont bien également prescriptives (2.1) et sont prolongées par les écrits d'André Laurendeau. Une différence est à noter, l'influence interlinguale anglaise n'a d'égale que l'influence intralinguale de la variation du joual, qui est considérée par l'auteur comme une sous-langue éloignée du français du bon usage (2.1) :

Faut-il expliquer ce que c'est que parler joual ? Les parents me comprennent. Ne scandalisons pas les autres. Ça les prend dès qu'ils entrent à l'école. Ou bien ça les pénètre peu à peu, par osmose, quand les aînés rapportent gaillardement la bonne nouvelle à la maison. Les garçons vont plus loin ; linguistiquement, ils arborent leur veste de cuir. Tout y passe : les syllabes mangées, le vocabulaire tronqué ou élargi toujours dans le même sens, les phrases qui boitent, la vulgarité virile, la voix qui fait de son mieux pour être canaille... Mais les filles emboîtent le pas et se hâtent. Une conversation de jeunes adolescents ressemble à des jappements gutturaux. De près cela s'harmonise mais s'empâte : leur langue est sans consonnes, sauf les privilégiées qu'ils font claquer »,  « La langue que nous parlons », journal Le Devoir, 1959.

Les citations faisant appel à l'analyse de la langue en tant que système peuvent être trouvées chez les collègues linguistes. Pour exemple, le concept de glottophobie que Philippe Blanchet a développé correspond à une tentative d'embrasser facteurs statistiques, pratiques et représentations des acteurs/locuteurs :

« Le terme glottophobie insiste sur le fait que, comme pour la xénophobie, l’homophobie ou la judéophobie, c’est bel et bien sur les personnes et pas seulement sur leur caractéristique réelle ou supposée (ici l’étrangeté, le comportement sexuel, la religion) qu’elle s’exerce »

(https://blogs.mediapart.fr/edition/petite-encyclopedie-critique/article/210116/la-glottophobie-un-type-de-discrimination-largement-ignore).

(1.1). Il élargit ce concept à la mise en place des politiques linguistiques :

La glottopolitique couvre ainsi les aspects micro- et macro-sociolinguistiques, en ce sens qu’elle va des interactions quotidiennes (reprendre un enfant, prétendre parler la norme, etc.) jusqu'aux interventions les plus globales du pouvoir politique sur les langues (planification juridique, système scolaire, etc.). Ce concept permet de cette façon de prendre en compte des facteurs clés que la seule analyse des « politiques / aménagements linguistiques » macro-sociolinguistique n’intègre pas -ou pas suffisamment-, les pratiques et les représentations interventionnistes des acteurs sociaux « ordinaires »

Prolongeant cette tentative de lier système et subjectivité, norme et usage, Myriam Suchet oppose une représentation unitaire de la langue à un imaginaire 'hétérolingue' en se situant à la fois dans des normes objectives (1.1) en opposant deux représentations peut-être fictives car relevant d'une pré-représentation qui mérite une étude clinique (2.2) :

À l’équation qui pose que « un État-Nation un et indivisible = une langue homogène = un locuteur stable », c’est-à-dire à la fois cohérent avec lui-même et rigoureusement distinct de tous les autres individus, l’imaginaire hétérolingue substitue une représentation où le « je » mis en scène par « la langue » est susceptible d’adopter des postures diverses et d’inventer des manières de (se) dire autrement » (2012).

Nous terminerons ce corpus par une citation de J. Leclerc[22] :

Il ne s'agit pas de deux langues distinctes [le français standard et le joual] mais de deux variantes d'un même modèle. C'est pourquoi le joual en dernière analyse, c'est la vision ou la représentation mentale que se font certains ensembles d'individus de la réalité linguistique francophone du Québec (1979).

Leclerc décrit avant qu'il n'existe l'objet d'analyse du modèle de l'IL et s'inscrit clairement dans la catégorie des normes systémiques (1.1). En effet, il fait référence à la langue en tant que modèle linguistique comportant des variantes. Son analyse est celle d'un linguiste qu'on qualifierait de descriptiviste.

 7 Conclusion

Nous avons tenté d'analyser le québécois en le passant au crible d'une part du modèle d'Anne-Marie Houdebine et d'autre part du modèle de l'analyse conversationnelle de kerbrat-Orecchioni. Nous avons isolé à partir de notre corpus différents aspects de l'IL du québécois. Le corpus de citations représente les jugements personnels, souvent très tranchés et typiques d’usagers ou d’observateurs qui ne sont pas linguistes, à propos de cette langue tantôt valorisée ou revendiquée, tantôt minorée ou dépréciée. La quinzaine de citations que nous avons utilisées suffit à montrer qu’une analyse synchronique ou diachronique des dires de voyageurs, écrivains, économistes, artistes ou simples témoins indique une subjectivité mise au jour à travers des subjectivèmes, des indices classables selon un modèle évolutif, mais opérationnel. Bien évidemment, ces catégories sont poreuses et l'on pourrait aisément qualifier une citation selon plusieurs critères concomitants. De plus, un corpus plus abondant devrait faire l'objet d'une analyse poussée où l'on tâcherait de rendre compte des tensions et des rapports de pouvoir que la situation diglossique québécoise génère en sanctionnant le vernaculaire employé.

En outre, et les débats redondants sur l'orthographe ou encore sur la féminisation de l'écrit le prouvent, la norme, artifice nécessaire construit de l'extérieur, donne l'impression aux locuteurs qu'elle préexiste aux discours de manière naturellement légitime alors que « toute définition prescriptive de la norme sociale est fondée sur la préexistence de ce qu’elle tente de réaliser » (Rey, A. 1972 : 16)[23].

Au final, il est dans la nature même de toute langue de comporter des variétés (soutenue, neutre, familière et populaire). La norme n’est pas intrinsèque à la langue, et donc immuable, mais elle serait volontiers un fait social soumis à des variations géographiques, temporelles et situationnelles.

L'IL a été conçu dans le but de mieux comprendre le rôle que jouent les attitudes linguistiques des locuteurs dans l’évaluation de leurs usages et de ceux des autres et de mettre en évidence des rapports de pouvoir ignorés ou négligés. Les locuteurs trahissent à l'évidence des positions hautes ou basses, des sentiments d'aisance ou de honte selon que la variété usitée est sensée être prestigieuse et légitime ou à l'inverse considérée comme médiocre et appauvrie.

[1] Traces et modalités de la présence de l'énonciateur/scripteur dans son discours.
[2] Dorénavant IL.
[3] Ces migrants fuient la famine, bien évidemment.
[4] Situation dans laquelle plusieurs langues ou variétés de langues sont en contact avec des statuts différents.
[5] Certes rapide pour la commodité de notre propos.
[6] Santerre (1974) a montré dès les années 1970 qu'une distinction phonologique entre [ε] long et [ε] court perdure au Québec alors qu'elle a disparu dans les pays francophones.
[7] Gendron 2007.
[8] Gendron 2007.
[9] Le croisement entre l'analyse interactionnelle du discours de Kerbrat-Orrecchioni et le modèle de l'IL nous semble opportun.
[10] Indicateurs du type de relation (verbaux, non-verbaux, tours de paroles …).
[11] Mesurer l'insécurité linguistique, c'est calculer  l'écart entre la perception que les locuteurs se font de leur usage d'une langue et leur « image » de cette langue perçue comme idéale (Labov, 1976 : 183-200).
[12] Certaines expressions sont qualifiées de ‘vicieuses’ dans différents dictionnaires du bon usage du XIXème siècle.
[13] D'après A.-M. Houdebine, 2002. p. 20. Ce tableau témoigne des refontes opérées en deux temps (1978 pour les normes subjectives et 1982 pour les normes objectives).
[14] Par exemple nous noterons 2.4.1 pour le renvoi à une norme auto-évaluative.
[15] Quelques exemples ont déjà illustré notre présentation.
[16] Cité plus haut.
[17] Cet adjectif ne fait pas partie de la nomenclature de l'IL.
[18] A partir de 1763.
[19] Fils de Georges Sand.
[20] Mot utilisé au Québec pour désigner globalement les écarts (phonétiques, lexicaux, syntaxiques ou formes d'anglicismes) du français populaire canadien, soit pour les dénigrer, soit pour en faire un symbole d'identité (cf. franco-canadien, québécois).
[21] Dénommé français international par les défenseurs du joual.
[22] Cet auteur nous a aimablement autorisé à utiliser des citations qu'il a eu le mérite de dépoussiérer dans les années 1970.
[23] Langue française n°16, 1972. La norme, sous la direction de René Lagane et Jacqueline Pinchon.

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